La méthode Borel-Maisonny / la LPC


#2

Bonjour @Djam , utilisez vous cette méthode ? Et si oui comment ? Suzanne Borel Maisonny , l’inventrice de l’orthophonie en France , a fait un merveilleux travail mais cette méthode date un peu selon moi car elle " hache " la parole et ne favorise pas la fusion syllabique des phonèmes . Certains mouvements comme celui du son /k/ sont bien utiles , surtout au niveau articulatoire , mais leur emploi systématique peut alourdir la lecture , du moins c’est ce que j’ai pu observer au cours de ma pratique .


#3

@Djam Alors je m’en sers et spontanément je fais les gestes de Borel Maisonny. Mais certains enfants sont sensibles aux personnages des alphas qui sont dans mon bureau, bref je m’adapte aux individus en face de moi :wink: certains ont adoré les gestes, je n’utilise pas tous les gestes BM quand je vois que ça “roule”, il m’arrive d’insister avec certains sons plus difficiles le “d/b” ou le “gn” etc… les connaître par coeur pour moi est un plus.


#4

Bonjour @lunette , et utilisez vous aussi avec certains les clefs du LPC de manière ludique et "détournée " ( donc " hors surdité “)?
Elles sont assez géniales dans certains cas , en particulier lorsqu’on pressent des difficultés de type dys ( ou qd elle sont avérées ) . Je trouve qu’elles aident vraiment à passer le cap de la fusion syllabique qd ça coince . Dans le centre où j exerce nous avons fait ce constat & cet outil est parfois bien utile .
Elles prennent un peu le statut de " sons mobiles” qu’on peut manipuler comme les lettres mobiles et du coup la correspondance entre les deux est bien facilitée .


#5

Oui j’utilise la LPC particulièrement après avoir codé 3/4 d’heures avec une enfant sourde :wink: donc l’enfant suivant en bénéficie car je suis en mode codage! J’utilise tout ce que j’ai en “mémoire procédurale” (le code, la verbo tonale, les gestes BM…)


#6

ah … la verbo tonale … j’ai un souvenir ému de ma formation avec Aldo Gladič ( j’écris son nom de mémoire mais sans assurance de ne pas l’écorcher …).
Le Langage Parlé Compété est un de mes outils favoris pour pas mal de raisons , mais il est effectivement important d’avoir plusieurs cordes à son arc , ce qui fonctionne avec les uns ne fonctionne pas forcément avec les autres .
Merci @lunette pour votre réponse , c’est tjrs intéressant de comparer les pratiques .


#7

J’ai regardé le tableau des clefs du LPC, et si je comprends bien chaque signe code une syllabe et non un son comme chez Borel-Maisonny. Mais à chaque signe correspond plusieurs syllabes. Du coup comment les enfants font-ils pour savoir de quelle syllabe il s’agit ?
Ou bien ai-je mal compris ?:thinking:


#8

Bonsoir @Leila81 , les clefs du LPC ne codent pas les syllabes mais les phonèmes .
Les sons vocaliques sont des emplacements par rapport au visage ( par ex /a/ à côté du visage , /ou/ sur le menton , /i/ au coin des lèvres , / u/ sur le cou de même que /é/, /in/ au coin extérieur de l’oeil etc …) .
Les sons consonantiques et semi consonantiques sont des configurations manuelles , c’est à dire une forme de la main . Ex main plate pour /t.m .f/ , pouce et index rassemblés et autres doigts libres pour /s.r/ , index seul pour /p/, /d/ /j/ , etc …
Plusieurs sons peuvent avoir une même clef car le mouvement des lèvres fait partie de la clef .
Ainsi , si vous reprenez /t/, /m/ et /f/ , même mouvement mais lèvres complètement différentes .
Au départ , c’est une aide à la lecture labiale pour les sourds , c’est un code vraiment génial .
Décrit comme ça , en mots , ça paraît compliqué , mais on apprend vite les différentes clefs en fait .
C’est un peu comme l’alphabet phonétique , l’API , mais manuel , visuel , en mouvement dans l’espace .
Les élèves sourds grâce à ce code “voient’ bien tous les sons de la parole , y compris les terminaisons verbales , les accords , les petits mots qui passent très mal auditivement .
Et le grand intérêt , c’est qu’on associe , comme dans le flux de la parole , très naturellement , les consonnes et les voyelles ( par ex /fa/ /fou / /fu/ main ouverte à côté du visage puis au menton puis au cou . /foutu/ se codera main ouverte menton puis cou . / fourmi/ se fera ainsi : main ouverte au menton , forme du /r/ en enchaînement rapide puis main ouverte près des lèvres pour le /mi/ .
On code donc tous les sons dans un enchaînement fluide et là où on entend une syllabe orale , on voit une syllabe codée par l’association consonne-voyelle ou voyelle-consonne pour la syllabe inversée .
Voici pour le code , que j’ai essayé de vous décrire du mieux que j’ai pu .
Mais , ouf ouf ouf !!! on n’est pas obligé de tout apprendre si on ne travaille pas avec un enfant sourd .
C’est ce que j’appelle l’emploi ludique et détourné : qqs clefs suffisent pour aider les enfants qui ont du mal avec la fusion syllabique pour la lecture . Le ffffffff main ouverte est bien . Je le fais voler et tournoyer comme une feuille , on souffle fffffffff , et on vient l’amener à la rencontre des points voyelles ------ fffffff à côté du visage : fa !!! ffffffffff au menton : fou !!! ffffff au cou : fu !!! ( ou fé !!! selon la bouche ) , etc .
Ils adorent et ça décoince bien pour ceux qui bloquaient sur ffff a : fffff…a sans réussir à fusionner .
On fait ça juste avec qqs clefs jusqu’à ce qu’ils aient bien intégré le principe , et c’est bon .
NB On peut faire le même type de jeu avec les lettres mobiles , on fait le bruit de la consonne en faisant bouger la lettte vvvvv , chhhh , ssss , on fait chanter une voyelle avec sa lettre aussi , et hop , on les fait se rencontrer : vvvvaaaa vvvvvvviiiii chhhhhhhhaaaaa cchhhhhhhou sssssoooo .
L’idée c’est d’aider ceux qui ont du mal en “concrétisant” les phonèmes , pour leur donner du " corps”.
Voilà , j’ai été longue mais c’est pô facile à décrire … :wink:


#9

@sylcha, si l’on se base sur cette vidéo, cela illustre-t-il correctement ton propos ?


#10

Ah , c’est parfait !!! merci @zartine , moi qui ne sais pas joindre des documents , je dois dire que tu nous gâtes , cette vidéo est très parlante !!!
De plus je vois qu’elle donne accès à d’autres , ainsi tous ceux qui le désirent ici pourront mieux se représenter et comprendre ce code formidable .

Et pour avoir toutes les clefs , c’est fort simple , tapez “clefs du LPC” et il y a plusieurs tableaux bien clairs .

PS : Sur la photo de démarrage de la vidéo , la jeune femme peut donc faire soit /ta/ , soit /ma/, soit /fa/ , c’est la bouche qui fait la différence .


#11

Petit rectificatif: on dit maintenant LA LPC (langue parlée complétée) :wink: sinon Sylcha a bien décrit :slight_smile: et la LPC est très facile à apprendre. Quand je m’ennuie je code des chansons françaises dans la voiture :slight_smile:
PS: à la base c’était pour lever les ambiguités de la lecture labiale.
Par exemple: Dites à quelqu’un sans la voix “il mange des frites” et “il marche très vite”: c’est dur de deviner sans la voix. Avec la LPC il n’y a plus d’ambiguïté (dans “marche” le R sera visible avec la clé du “R” - car les sons postérieurs comme r ou k ne se voient pas en lecture labiale.)


#12

Bonjour,

j’utilise la méthode Borel maisonny avec mes lettres rugueuses qu’elle vient compléter à merveille. Les élèves retiennent bien plus vite les phonèmes en y ajoutant les gestes. J’ai même affiché les photos des différents gestes en classe et les élèves les regardent souvent


#13

Bonjour @lunette ,
mes ( jeunes ) collègues codeuses LPC parlent tjrs du LPC au masculin ( question d’habitude …).
Les deux font sens , et parfois on trouve les deux genres dans un même article , selon qu’on parle DE LA langue complétée ou DU langage complété .
Il y a aussi l’usage au masculin qui désigne en fait plus “le” code LPC .
Il est toutefois plus logique en effet ( question linguistique ) de dire qu’on code une langue qu’un langage , je vous l’accorde bien volontiers .
Je ne suis donc pas contre , je suis même “tout contre” comme dirait Sacha Guitry …:blush:

Pour précision:
Si j’ai évoqué le/la LPC ici , ce n’est pas tant par rapport à la surdité , vous l’aurez compris , que parce qu’il peut être , pour des enfants non sourds , une aide visuelle et gestuelle précieuse pour entrer dans le déchiffrage .
Chacun trouve les outils avec lesquels il se sent à l’aise , et celui ci mérite sa place . Il présente des avantages différents des gestes Borel ( élaborés eux aussi au départ pour aider des déficients auditifs , en insistant plus sur le plan articulatoire ) .
Il est en revanche bcp moins connu et je le présente ici comme une aide qui peut convenir à certains enfants et enseignants .

Concernant les élèves sourds , habitués à ce code dès leur plus jeune âge , ils sont souvent performants en déchiffrage pur (même s’ils l’oralisent mal voire pas …) puisqu’ils développent , malgré leur handicap ( et ça peut paraître paradoxal …) de bonnes compétences métaphono . Ils ont en revanche de grandes difficultés lexicales et syntaxiques , donc en compréhension orale et écrite , mais ça , c’est l’autre aspect de la lecture , et pas des moindres …


#14

Oui Sylcha c’était pour replacer la LPC dans le contexte de sa création :slight_smile: entièrement d’accord avec le fait que les capacités métaphono sont parfois bien voir sur développées (c’est le cas d’une de mes patientes, qui non seulement est devenue experte en lecture labiale mais qui en plus réussit toutes les épreuves métaphono avec une facilité déconcertante!). Je te plussoie donc!


#15

Et pour la touche fun , ajoutons que ce code a été inventé par le docteur … Cornett :sweat_smile:


#16

J’ai introduit la gestuelle de Borel Maisonny dans ma pratique de classe, en particulier pour les comptines et la présentation des sons. Ca enrichit et aide bien certains élèves à visualiser les sons, c’est ludique et simple.
Des témoignages en ce sens ?


#17

Bonjour @MarieG
Où as-tu trouvé les photos ? Sur Internet, je n’ai trouvé que des résolutions faibles et des dimensions de photos toutes petites. Je n’arrive pas à les imprimer, ne serais-ce que pour moi quand j’ai un doute.


#18

Bonsoir, merci @sylcha pour ces explications. Et merci @zartine pour la vidéo. J’avais sorti une feuille synthétique (l’année dernière après échange avec @sylcha) mais je n’ai pas encore pris le temps d’essayer. J’utilise depuis longtemps un outil de chez Nathan ( les amis des sons ). Il y a 10 animaux associés à un son voyelle ( le lama, la fourmi, le lapin, le hibou, le lionceau, le dragon, le chimpanzé, le paresseux, le zébu, l’éléphant). A chaque fois il y a une petite comptine et une formule magique : le hibou, hou, hou, hou, fait le fou au fond d’un trou. Et une formule magique : bou bou, roucou, doumoulou. Les enfants (2 à 4 ans), adhèrent bien. Puis nous jouons à trouver tous les amis du hibou. Un atelier libre est leur dispo pour choisir son ami et lui associer tous les dessins amis. Lorsqu’ils parviennent à identifier spontanément
le son, je leur propose de découvrir sa graphie (graphèmes rugueux). Pour les sons d’attaque et consonnes, cela reste moins évident. Les enfants utilisent beaucoup les ateliers lettres mobiles. Je vais essayer d’associer un geste pour les aider à percevoir ces phonèmes en même temps que le graphème correspondant. Je me rends compte que discriminer des lettres avant de comprendre qu’il existe un graphème pour chaque phonème perçu par l’oreille peut être un frein un la compréhension de l’encodage. Ma collègue de CP utilise une gestuelle personnelle. Personnellement, je préfèrerai utiliser les bases d’un code reconnu par beaucoup d’autres. Je ne pense pas que cela les empêchera de comprendre un autre code gestuelle.
J’ai gardé mes bacs à petits objets et les enfants s’amusent à placer les objets sous les cartes amis des sons.
Quand au syllabes, nous les rythmons avec des percussions diverses ou avec les doigts.
Voilà où j’en suis. Dans l’enseignement de la conscience grapho phonétique ( si c’est le mot juste :relieved:).
Je m’interroge également sur l’intérêt de reconnaître leur prénom écrit avant de pouvoir percevoir ce qu’ils entendent. J’essaie d’y associer le sens de l’écriture et de rechercher la première lettre, mais je ne suis pas convaincue de l’efficacité. Cela me semble beaucoup d’énergie mais je ne perçois pas clairement l’efficacité. Je crois que je vais plutôt écrire moi même leur prénom sur les différentes traces en expliquant comment je fais ( ce que j’entends, comment cela s’écrit).
A bientôt, et encore merci.


#19

J’utilise depuis plusieurs années les gestes Borel-Maisonny avec mes CP, puis j’en ai introduit quelques uns avec les GS l’an dernier.
Cette gestuelle aide beaucoup certains élèves. Par exemple, un de mes CP a de gros problèmes de langage oral. Le neuropédiatre qui le suit a conseillé vivement aux parents d’utiliser la gestuelle BM pour faciliter l’apprentissage de la lecture, sachant qu’elle est également utilisée par l’orthophoniste. Et ça marche très bien!
J’ai également une de mes GS qui a appris par cœur les gestes en reprenant le cahier de lecture de son grand frère qui est passé par ma classe il y a 2 ans…
Pour la progression de lecture GS, je pense que la gestuelle est à introduire quand on travaille sur la boîte des petits objets, et pas vraiment pour les lettres rugueuses. Après, on peut l’utiliser aussi au moment des messages secrets, ou pochettes de lectures.
Je n’ai pas encore testé…


#20

Sur le blog de chat noir il y a un récapitulatif en dessin et un lien vers un blog en bas avec des affiches sons où il y a d’autres dessins plus grands; http://leblogdechatnoir.fr/les-gestes-borel-maisonny/


#21

J’utilise la méthode Borel-Maisonny dès la présentation des graphèmes rugueux avec mes MS comme aide supplémentaire à la mémorisation. Et l’efficacité est assez surprenante (j’insiste :surtout avec les MS!). D’abord sceptique, je constate à présent que pour beaucoup elle est une aide très très pertinente. Certains y sont plus sensibles que d’autres mais il me semble intéressant de multiplier les " aide-mémoire " pour que chaque enfant trouve l’outil qui lui sied le mieux ( toucher, vue , audition, gestuelle…).