L'impression d'être seule contre tous !


#1

Bonjour,
Je vous expose brièvement mon problème.
Je suis en train de vivre une situation difficile à l’école. Je commence cette année dans une nouvelle école avec un fonctionnement en totale autonomie dans une classe de PS-GS. Deux collègues sur trois n’adhèrent pas du tout, dont la directrice. J’ai des remarques de ma directrice, comme : " il ne faut pas leur enseigner les grands nombres, tu ne peux pas leur apprendre la cursive en petite section, les enfants font n’importe quoi et ne seront pas prêts à savoir s’asseoir à une table au CP, etc…"
Il faut dire aussi que nous avons à l’école une classe avec des enfants autistes qui viennent en inclusion dans la classe. Mon fonctionnement semble perturber l’un d’eux qui vient tous les matins dans ma classe (niveau GS). De ce que l’on m’a dit, cet enfant est en régression à cause de ce fonctionnement en autonomie. On m’a donc demandé de refaire des activités de groupes pour lui. J’entends tout à fait mais j’ai l’impression de devoir revenir en arrière. Je vais donc réintégrer quelques activités de groupe en essayant de trouver des activités pertinentes.
Ce midi, nous avons eu un conseil de cycle avec une enseignante référente et la conseillère pédagogique en maths pour parler d’une progression d’école sur les mathématiques. La CPE m’a dit que ma frise numérique ne devait pas excéder 30, que cela n’avait aucun sens pour les enfants (alors que presque tous mes GS dépassent largement 30). La directrice a essayé de glisser dans la conversation son inquiétude pour les grands nombres. Bref j’ai peur de subir “des représailles”, comme si je faisais mal mon travail ! Je suis pourtant sûre de moi mais j’ai du mal à me défendre devant autant de pessimisme sur ma classe et surtout venant de CPE.
Je suis ce soir vraiment démoralisée mais je ne veux vraiment pas revenir en arrière. J’aime tellement travailler ainsi ! Avez-vous des arguments à me conseiller ?
Etant donné que je commence cette année, je n’ai aucun recul ni preuves de réussite à leur donner. Je ne peux apporter que mes convictions.
Je précise que je suis en REP et que ma directrice s’appuie sur cela, en plus de la classe autistes pour justifier le fait que ma façon de fonctionner dérange.

Merci d’avance pour vos conseils.


#2

Comme je te comprends! Et je pense que tu trouveras de nombreux échos sur ce forum!
J’avoue que je me suis cognée dans les mêmes murs et j’ai essayé de composer pour apaiser les esprits , et je dois bien reconnaître avec du recul qu’on ne peut pas non plus quand on est dans un groupe scolaire fonctionner seul dans son coin, sauf si tu es certaine de garder tes élèves sur tout le cycle… mes élèves de ps de l’an dernier ne sont pas tous avec moi en ms, pour ceux que j’ai gardé c’est nickel, je continue pépère ma progression, mais c’est beaucoup plus compliqué pour ceux qui sont chez ma collègue, qui travaille très différemment, et qui ne les trouve " pas au niveau" pour parler clairement ( écriture du prénom en majuscules, fiches de maths etc…) pourtant je les trouvais extremement autonomes et dégourdis… mais ca elle ne le voit pas car ils n’ont pas l’opportunité de le montrer…
Bref, j’ai reculé sur la cursive notamment, je suis la même progression avec les lettres capitales, ca marche aussi bien pour la phono et la lecture et je sais qu’ils apprendront de toute façon la cursive plus tard, même si je sais que ca a moins de sens la majorité ne continuera pas avec moi l’an prochain et je ne veux pas les mettre en difficulté. La majorité de la journée se déroule malgré tout en autonomie, à part une plage en dirige le matin, principalement pour regrouper les activités graphiques et les arts visuels.
Pour la bande numérique, la mienne va jusqu’à 100, et heureusement car mes ms ont tous passe les 30 depuis un moment, tu peux justifier que c’est simplement pour évaluer jusqu’où ils comptent et pour qu’ils se rendent compte du chemin parcouru, rien de plus… ( le jusqu’a 30 en fin de gs reste un minimum requis…)
Anecdote amusante : un jour, un élève m’a demandé mon âge , j’avais 30 ans et je lui ai montré sur la bande numérique qui allait alors jusqu’à 30, comme on était au bout de la bande il a pleuré car il a cru que j’allais mourir, j’ai vite vite rallongé jusqu’a 100… et il a été vite rassuré !!!
Bref, garder ses convictions tout en essayant de composer avec l’équipe… le plus difficile finalement… je te souhaite bon courage , dis leur que tu n’es pas contre eux mais que tu as envie d’essayer cette méthode, montre leur les vidéos, mets en avant la confiance en eux des enfants, les progrès, la joie de venir à l’école, et demande de l’aide à la collègue qui valide ton fonctionnement… quoiqu’il arrive tu vas peut être faire des ajustements’mais ta liberté pédagogique reste présente … bonne chance!


#3

Merci Colorinne pour ta réponse.
Je pense en effet que je vais rester sur l’écriture en capitales pour les PS. Je ne pense pas que je vais pouvoir garder mes PS vu le discours de l’école en ce moment. Mais l’année n’est pas terminée. On verra au mois de juin. Pour la bande numérique, la mienne allait jusqu’à 100 à la rentrée, et un GS est arrivé au bout en 3 jours, ce pourquoi je l’ai allongée jusqu’à 250, et il y est de nouveau au bout…


#4

Bonsoir,
Alors moi, je parlerai plus particulièrement de la classe spécialisée. Effectivement les enfants autistes ont souvent besoin d’un cadre et de repères stables pour les rassurer, mais il me paraît extravagant de prendre ce prétexte pour demander de changer le fonctionnement de toute une classe. Peut-être cet enfant n’est-il tout simplement pas prêt pour une inclusion ? Peut-être a-t-il juste besoin que l’AVS du dispositif l’accompagne et le guide dans ses choix et l’exécution des ateliers ?
Évidemment si les objectifs de son inclusion sont la socialisation et la communication avec ses pairs, les ateliers individuels ne sont pas l’idéal…
J’ai plusieurs autistes dans mon ulis école, et ils fonctionnent de la même façon que les autres, avec plus ou moins d’aménagements, d’étayage, d’autonomie, mais tous en ateliers individuels (sauf temps collectifs) et quasiment en libre choix. Comme tous mes élèves, ils ont un cahier avec une photo (pour eux) et les objectifs et compétences liés (pour les parents) des ateliers qui leur ont été présentés. Ils choisissent dans ce cahier ce qu’ils souhaitent faire. S’ils ont du mal à décider seuls, on limite leur choix à 2 ou 3. Tout cela dépend du type et du degré d’autisme, mais c’est possible.
Bon courage !


#5

Merci Cigale,
De ce que l’on m’a dit, cet enfant autiste vient en effet pour la sociabilisation et tout s’était très bien passé en fonctionnement classique depuis deux ans, de sorte qu’un CP normal avec une AVS est envisagé pour l’année prochaine. Mais cet enfant n’est pas assez cadré avec le fonctionnement en autonomie et refait des crises donc je dois changer pour lui uniquement en effet. Il venait 2 matinées entières et 2 journées avec seulement 30 minutes de classe, puis sur le temps de sport et du coup depuis hier il ne vient plus que 30 minutes en classe chaque jour et toujours en sport. Je mettrai donc un groupe de GS en travail de groupe à ce moment là.


#6

Tu sais la bande numérique c’est un détail. Je pars du principe que quand on sait compter jusqu’à 100 concrètement on est capable de compter facilement jusqu’a 999… été même au delà… celui qui a compris le passage à la dizaine et qui maîtrise le passage compliqué des 70-80-90 peut aller à l’infini… ton élève qui sait compter jusqu’a 250 doit être dans ce cas… plus besoin de bande à ce stade!!!:blush:


#7

Oui l’argument des enfants autistes semble plus être un prétexte pour aller à ton encontre… j’en ai également deux qui viennent en alternance dans ma classe et clairement l’autonomie est ce qui leur correspond le mieux… et c’est toi la responsable de la classe, ne te laisse pas faire. Cette pédagogie à fait ses preuves dans le domaine du handicap et des troubles autistiques, de nombreux ime ou ulis fonctionnent ainsi, justement pour que chacun aille à son rythme.
Mais je pense sincèrement que le souci n’est pas la et qu’elles cherchent des arguments culpabilisants pour te faire reculer…:confused:


#8

Bonjour @Labobine,
Cette situation doit être difficile à gérer. J’avais moi-même un élève autiste dans ma classe et nous ne sommes pas formées pour les accueillir de manière adaptée. J’avais donc fait quelques recherches sur le net et j’ai trouvé ce site : http://www.canalautisme.com/
Il y a un document à destination des enseignants notamment qui peut être d’une grande aide:
strategies_pour_enseigner_aux_enfants_avec_autisme_en_maternelle.pdf (485,8 Ko)
J’y ai même découvert un document détaillant les activités de vie pratique et sensorielle que l’on peut proposer.canalautisme_vie_sensorielle_vie_pratique.pdf (870,9 Ko)

Il est toujours difficile d’être jugé de manière négative, surtout quand cela porte sur des a priori pas toujours très justifiés. Ce que l’on ne connaît pas paraît parfois inapproprié et puis quand on y regarde de plus près…
Peut-être serait-il intéressant de proposer à tes détracteurs le document concernant la vie pratique et sensorielle. Dans le document traitant des stratégies d’enseignement, il est fait référence à la leçon en trois temps… Tiens, tiens,… Ne serait-elle donc pas adaptée aux enfants ayant des troubles du spectre autistique ?..

En espérant que ces quelques informations pourront t’aider. Je crois que quand on a des convictions, cela vaut parfois la peine de les défendre, mais sans y mettre de l’agressivité, plutôt en avançant des arguments prônant une certaine bienveillance et la recherche d’une aide la plus adaptée possible.

Belle continuation ! :hibiscus:


#9

Je me retrouve beaucoup dans tes propos: une nouvelle ecole, des collègues qui n’adhèrent pas (mon atsem s’est même mise en arrêt), des parents sceptiques, pas de recul pour faire face aux critiques… mais je dois aussi faire face à un problème de climat de classe qui tarde vraaaaiiiiment à s’installer. Alors pour satisfaire tout le monde et essayer de faire respecter certaines règles aux élèves j’ai dû faire marche arrière et proposer des ateliers dirigés. Mon atsem est revenue, mes collègues et les parents voient que je les entends… Mais moi je ne sais plus trop où j’en suis… Et je n’ai que des PS avec aucun espoir d’en garder l’an prochain…
Petit à petit l’autonomie s’installe, mais certains parents comparent avec leurs aînés et trouvent que nous n’avançons pas assez vite…
Toujours pour adoucir les angles, je vais faire appel à la conseillère pédagogique, on verra bien ce qu’il en sort…
Bon courage à toi!


#10

Merci pour ton témoignage. Pour ma part je peaufine mes progressions en montrant d’un côté les compétences travaillées en autonomie avec présentation individuelle, et de l’autre celles travaillées en atelier par groupe (en parallèle ou non).
Ce que l’on me reproche, pour l’instant, c’est d’aller trop loin, notamment en numération. Sur quoi m’appuyer pour me justifier ?
J’ai la chance d’avoir une atsem qui adhère. C’est sa 1ère année d’Atsem. Avant, elle était assistante maternelle et avait entendu parler des ateliers en autonomie. Elle s’est d’ailleurs empressée d’acheter le livre de Céline Alvarez à la rentrée.
L’avis de ta conseillère pédagogique sera intéressant. De mon côté j’ai l’impression que ce n’est pas une pédagogie connue ou du moins acceptée. Je sais que l’ancienne inspectrice était contre, ce qui explique peut-être les propos de la conseillère pédagogique. Je ne connais pas le point de vue de la nouvelle inspectrice.


#11

Comme je te comprends!
Je suis également seule à fonctionner ainsi dans mon école et c’est assez difficile. J’ai droit à de très nombreux sous entendus et cela me questionne beaucoup.
La directrice me sort en permanence l’argument des programmes (il faut faire ceci ou cela) alors je doute … et je redoute de mal faire! En ce moment ce sont les résultats des éval CP qu’elle brandit en conseil des maîtres (cela dit mes anciens élèves ne sont pas pires que les siens), elle s’en sert pour nous dire ce qu’on doit travailler (ou pas) en classe. La mode est à la résolution de problèmes car nos élèves ont largement chuté cet item. Alors je viens de relire les programmes: aucune phrase sur les problèmes. Par contre, il est expressément stipulé de ne pas travailler les grands nombres… (je le fais), de s’arrêter à 30 (ma bande num va jusqu’à 1000, d’ailleurs quand je l’ai affichée ma directrice m’a demandé ce que j’avais fumé…), de mettre les enfants sur outils numériques (je suis contre l’utilisation des tablettes, ma directrice met tous les aprèm un groupe dessus).
Bref, je doute… cela fait pourtant 3 ans que je me suis lancée dans l’aventure et je ne souhaite pas revenir en arrière mais c’est vrai que parfois j’ai l’impression que mes grands ne font pas grand chose, que je ne leur présente pas assez d’activités (je me suis lancée dans Narramus en période 2 et cela m’a pris BEAUCOUP de temps). Ma directrice me dit a demi-mots que je ne peux pas rester dans “ma bulle”. 6 grands sur 10 sont entrés dans la lecture, ma directrice me dit que ce n’est pas mon boulot de leur apprendre à lire.
C’est dur. Peut-être faut-il plus se protéger? moins parler de notre méthode? je ne sais plus que penser.
Dans ces moments-là je panique un peu.
En me relisant je me rends bien compte que le problème émane de ma directrice (!) mais cela m’atteint.
Alors je te comprends. Et cela fait du bien d’avoir un endroit où en parler.


#12

Chloek, nous avons les mêmes directrices. En effet, j’ai déjà cherché dans les programmes où sont abordés les problèmes, sans succès. Pour les grans nombres, c’est contrariant !


#13

Finalement, je viens de trouver où sont abordés les problèmes : page 4 du BO n°2 du 26 mars 2015, “Apprendre en réfléchissant et en résolvant des problèmes”


#14

Merci pour cette référence.


#15

Des cartes autocorrectives pour travailler des problèmes en gs! Et hop, tu prouves à ta directrice que tu as tenu compte de ses remarques!


#16

merci ! Je le faisais déjà en manipulation en binôme avec des jetons mais ce sera bien aussi pour travailler seul. Et avec ces cartes on peut varier les situations.


#17

Depuis cette année, quand c’est la première fois que l’on colle un type de travail dans le cahier, je colle avec un petit mot pour les parents qui explique quelle était la consigne, et surtout ce qu’on apprend grâce à cette activité. Les parents n’ont pas toujours conscience, et c’est bien normal, de pourquoi on fait les choses, et de quels sont les enjeux… surtout quand les activités paraissent aussi anodines que du découpage, du coloriage ou du poinçonnage.:blush:


#18

C’est en effet très bien comme cela Leila, je vais suivre ton exemple ! Merci.