L'indispensable mélange des âges


#1

Bonjour, j’ai très envie de me lancer dans l’aventure moi aussi. Cela fait quelques temps que je potasse le livre de Céline, viens ici vous lire pour mieux m’imprégner de cette démarche. J’aurai cette année des PS/MS/GS. 20 élèves en tout et de bonnes conditions pour que cela fonctionne bien. Mais je me pose une question depuis le départ. Comment mettez vous en oeuvre concrètement les tutorats, le travail entre élèves d’âges différents si les ateliers sont individuels? Quelles sont les activités qui vous permettent ce lien entre classe d’âge?j’ai bien vu qu’il y avait une activité avec les couleurs entre des GS et des PS, d’autres pistes?


#2

Bonsoir

En fait, le “tutorat” se met en place sans nous, naturellement …
Si les activités sont individuelles, rien n’empêche les enfants de communiquer, de commenter les activités des uns et des autres, de se donner des conseils (et d’ailleurs ils le font tout le temps !!!)

Les enfants les plus jeunes ont naturellement tendance à observer/copier les plus grands, et leur demandent de l’aide sans retenue.
Il m’est cependant arrivé parfois de demander directement à un grand d’aider un plus jeune lorsqu’il réclamait une explication que je savais le grand capable de donner. Ou bien , lors des regroupements, on peut également féliciter un enfant de son nouveau savoir, et dire aux autres qu’ils peuvent dorénavant lui demander de l’aide quand ils en ont besoin.

Cela se fait automatiquement pour eux. Ce qui valorise l’un motive les autres à faire de même…
L’ambiance de la classe permet cette émulation, sans pour autant générer de compétition négative comme on pourrait l’imaginer. Au contraire, les enfants sont contents pour le camarade qui réussit ou qui a acquis une nouvelle compétence.

Je ne saurais donc te dire quelles activités permettent ce lien … pour moi, elles le permettent toutes !

Bonnes découvertes à toi !


#3

Tout à fait d’accord avec toi Hélène, cela se fait naturellement.
Après, j’ai constaté que l’affinement des sens était un domaine où les interactions à 2 étaient les plus nombreuses, pour les mises en paires notamment et les plus grands adorent faire jouer les plus petits (tissus, matières, couleurs, sacs à mystère…).

Je suis aussi très impressionnée par le temps passé par les plus jeunes à observer les plus grands (et dans toutes les activités).

Toutes les personnes qui sont venues observer la classe ont été surprises par les interactions nombreuses et riches, alors que bien souvent, elles avaient une représentation toute autre d’une classe fonctionnant en ateliers autonomes !


#4

hihi … oui, c’est une surprise qu’a eue une collègue venue dans ma classe aussi : elle était persuadée que travaillant en autonomie, les enfants seraient SILENCIEUX … eh ben non … même si parfois j’aurais bien aimé :rofl:

Ce qui est comique, et que personnellement j’adore, c’est quand c’est un plus jeune qui explique naturellement une notion à un plus âgé … Ca surprend les adultes, mais pas les élèves !


#5

C’est vrai que la terminologie “ateliers individuels” n’est pas la plus adaptée finalement, parce qu’ils sont souvent plusieurs ! Ce qui est individuel ce sont les parcours. Chaque enfant a son parcours qui lui est propre, ses préférences, ses habitudes… mais les ateliers sont autant partagés qu’individuels :wink:.

Il est d’ailleurs important de préciser à l’enfant qu’il a le droit de faire seul si il en a envie. Il n’a pas à subir les pressions d’un copain qui veut à tout prix venir avec lui. Et les spectateurs, si spectateurs il y a doivent rester discrets. Mais le plus souvent les enfants sont ravis d’être à plusieurs.


#6

Merci pour vos réponses! Cette nouvelle organisation est très théorique encore pour moi. J’ai toujours eu des triples niveaux mais la méthode traditionnelle cloisonne beaucoup entre les âges. En tout cas c’est ce que j’ai fait. Vous m’aidez à me projetter dans ces interactions entre les élèves…


#7

Bonjour !

Je fais remonter ce sujet et j’y ajoute mon grain de sel car je suis en pleine réflexion. J’ai parcouru un certain nombre de sujets sur le forum concernant les classes multi-âges en maternelle ainsi qu’en élémentaire, parfois certains évoquent même des classes uniques. Tout cela rejoint une question que je me pose : pouvons-nous (je pense que oui), mais surtout comment pouvons-nous mettre en place une pédagogie bienveillante et respectueuse des lois naturelles de l’enfant, en poussant le mélange des âges au maximum de ce qui nous est possible à l’école primaire (donc en gros, de 2 à 12 ans) ?

Je m’explique un peu ! Enseignante de l’école publique au départ, je suis pour le moment sortie du système pour faire de la recherche en sciences de l’éducation, et je vais peut-être me voir offrir la possibilité d’expérimenter dans une petite école de campagne hors-contrat pour nourrir ces recherches. La pédagogie de cette école est basée sur Montessori, mais l’équipe est très ouverte à plein de pratiques de type Freinet, Reggio et autres, et dispose aussi d’une grande ouverture sur la campagne environnante.

L’école a deux classes, classiquement découpées en maternelle / élémentaire. Le problème évoqué par la collègue d’élémentaire est qu’il y a l’équivalent de trois niveaux en maternelle, alors qu’il y en a cinq en élémentaire. Il y a donc un souci d’effectif. La solution serait d’ouvrir une troisième classe mais pour le moment, ce n’est pas possible. Bref, entendant ce problème, ainsi que le regret de la collègue de voir peu de circulation des enfants entre les deux classes, ma proposition a été : et si on ouvrait les classes ?

La question est donc : comment ? En organisant l’école par pôles plutôt que par âges (comme proposé notamment dans le sujet “Penser l’organisation de l’espace en école plutôt qu’en classes”) ? En répartissant le matériel destiné aux élèves de cycle 2 entre les deux classes ? Il y a plein de possibilités, d’autant plus que les locaux permettent d’être imaginatif, mais je n’ai pas d’exemple similaire à proposer pour éclairer cette réflexion, qui me semble pourtant très intéressante. Je profite donc de ce sujet pour récolter des avis, si vous en avez ! Mon but final étant évidemment de faire avancer à mon petit niveau la recherche, et d’aider l’école publique à évoluer dans le bon sens. :blush:

Merci !


#8

réflexion très intéressante! je n’ai pas le temps de commenter maintenant, je voulais cependant partager les vidéos du film “être plutot qu’avoir”, sorti mercredi dernier et qui rejoint parfaitement tes interrogations.

https://vimeo.com/user70327431/videos

bonne journée!


#9

Quelle chance d’avoir l’opportunité de réfléchir avec une équipe volontaire !
Je comprends ton questionnement. Pour l’avoir vécu, je pense qu’il y a du bon et du moins bon dans le mélange d’âge complet.
J’ai travaillé l’année dernière dans une école hors contrat qui pratiquait une pédagogie libre, accueillant des enfants de 2 à 9 ans (pas par choix, mais parce qu’il n’y avait pas d’inscrits plus âgé !). J’ai trouvé la qualité des échanges, le partage, l’entre aide très bénéfique pour chacun. En revanche, sur le temps de travail, j’étais plus mitigée. En effet, il est arrivé fréquemment que nous soyons dérangés par les plus jeunes, et j’ai souvent eu l’impression de ne pas être suffisamment disponible pour les plus grands.
Cela venait probablement aussi du fait que j’étais seule avec les enfants (impossible de prévoir 2 adultes pour 15 enfants)
J’imagine qu’avec un effectif pus conséquent et une personne de plus, le problème se serait moins posé ?

Tout cela pour dire que si on tire de gros avantages à avoir des temps communs à tous les âges, il me semble quand même qu’il est indispensable de prévoir des temps qui permettent un travail intensif dans le calme.
Je reste persuadée que c’est possible, mais il faut penser l’organisation de façon très cohérente, en respectant les besoins et le rythme de chacun.

Une première possibilité serait de ne pas forcément “couper” les classes de manière classique, mais plutôt après le CP,ce qui rétablit un 4/4 plus équilibré.
Un autre solution serait peut-être effectivement d’avoir le matériel “intermédiaire” dans les deux classes, et de permettre aux élèves de GS/CP/CE1 d’aller et venir d’une classe à l’autre en fonction des activités.
Il me semble inutile d’avoir les barres rouges dans une salle accueillant des CM2, de même qu’il est inutile (voire dangereux, ET pénible à ranger) de laisser des enfants de 2/3 ans accéder aux perles et éprouvettes de la division !
Penses-tu qu’il soit envisageable d’avoir trois groupes d’âge, les petits et les grands fixés à une salle, les “intermédiaires” jonglant entre les deux ?

J’espère que vous trouverez une organisation qui convienne à tous. Bonnes recherches !


#10

Merci pour ta réponse qui fait avancer ma réflexion !

Je comprends ta préoccupation quant aux temps privilégiés pour le travail des grands. La question se poserait sûrement moins dans le cadre de l’école dont je parle, parce qu’en effet il y a un enseignant référent par classe, donc 2 en tout, et deux jeunes en service civique, pour un groupe de 30/40 max, donc au minimum un adulte pour 10, ce qui est franchement rêvé comme conditions de travail.

On s’interrogeait justement sur cette question du découpage des classes un peu arbitraire, en réfléchissant aussi sur la possibilité de s’adapter aux enfants quand ils sont prêts. C’est-à-dire avoir l’opportunité de faire passer un enfant de la classe des petits à celle des grands en cours d’année, ou encore une année (ou plus) avant ou après l’âge classique. En bref, guider l’enfant vers les apprentissages qui lui conviennent selon son propre bagage, son niveau et ses besoins. Vaste programme, mais ça me semble cohérent.

Comme tu le dis, nous réfléchissons à une organisation type qui soit plus équitable et plus intelligente, passer les 6 ans dans la classe des petits semble logique, mettre le cycle 2 en niveau intermédiaire entre les deux classes est intéressant, et oui je pense que ce serait possible d’autant plus que les deux classes sont assez proches. Tout ça reste à discuter, à imaginer ! Nous pensons aussi à laisser une plus grande liberté de circulation aux enfants, pour que les petits aient l’occasion d’aller voir ce qui se passe chez les grands, sans pour autant déranger leur travail, pour que les grand viennent participer aux apprentissages des petits. Peut-être envisager des projets communs, des journées en pleine nature avec les deux classes mélangées, etc.

Je pense qu’il faudra essayer de fixer une ligne directrice cohérente pour respecter les besoins de chacun. Ça fait rêver et en même temps, étant jeune dans le métier et dans la recherche, et n’ayant pas vraiment de modèle auquel me référer, je dois dire que ça me parait ambitieux… :grin:


#11

merci Orso pour ce lien les bandes annonces m’ont passionnée,
mère de 4 enfants, j’ai 57 ans et depuis 4 ans que je suis en maternelle(après 13 ans de primaire) je cherchais, cherchais …sans trouver l’équilibre nécessaire aux enfants et à moi-même!
mais me voilà, grâce à vous tous et à Céline, partie sur des chemins de découverte qui me passionnent et dont je rêve la nuit!! Et bien qu’au tout début de mon changement , je vois déjà des attitudes, des réactions des enfants qui me disent que c’est la bonne direction!!
Catherine