Mon fils de 4 ans s'est fait virer d'une école Montessori


#1

Bonjour,

Je ne sais pas trop pourquoi j’ai eu envie d’écrire sur ce forum. Probablement parce que depuis hier, depuis l’annonce de la part de la directrice de l’école de mon fils, disant qu’il ne serait plus accueilli dans cette école qu’il fréquente depuis 2 ans, depuis le coup de massue dont je ne me relève pas, je me pose beaucoup de questions.
Pourquoi lui ? Pourquoi l’application de la méthode Montessori dans une école qui existe depuis au moins 20 ans, n’a pas fonctionné ? D’où vient le problème ?
Lapin (appelons le comme ça) n’a jamais été un enfant simple. Il est né curieux de tout et très exigeant avec son entourage, très vif, touchant à tout et n’en faisant qu’à sa tête. Et en même temps, il a su faire des bisous très tôt pour pouvoir exprimer l’affection qu’il a pour les gens qui l’entourent.
Et en lisant “Les lois naturelles de l’enfant”, je me suis dit qu’un environnement Montessori saurait lui donner ce dont il avait besoin pour s’épanouir. Maria Montessori disait que l’enfant était une source qu’il avait besoin de jaillir… Aujourd’hui, pour Lapin, on est plus près du tuyau qui fuit…
Lapin est arrivé dans cette école à 2 ans et demi. Il était propre, s’exprimait très clairement (d’après sa directrice) et faisait preuve d’autonomie au quotidien. Mais au premier jour, je me suis aperçue que quelque chose n’allait pas.
Le jour de la rentrée, pendant la matinée d’adaptation, alors que les autres enfants étaient concentrés sur leur activité, Lapin était incapable de s’investir dans la moindre proposition que nous lui faisions. Il regardait partout et semblait envahi par ce nouvel environnement.
Les retours négatifs de la directrice de l’école ne tardèrent pas : “Lapin déconstruit son travail”. “Lapin perturbe les autres enfants en détruisant leurs activités”. “Lapin détourne des pièces de matériels différents pour les assembler à sa guise”.
Et cela ne s’arrangea pas avec le temps : il pouvait devenir impulsif, agressif, refusait de participer aux activités avec ses camarades, ignorait les ATSEM qu’il n’appréciait pas (ou qui ne l’appréciait pas, la réciproque étant vraie). De mon côté, j’observais qu’il était de moins en moins autonome, que la curiosité dont il faisait preuve avait laissé place à la peur de faire des choses nouvelles. Je constatais également qu’il n’apprenait rien : au bout de 6 mois d’école, il comptait moins bien qu’à son arrivée. Il passait son temps à jouer et pratiquait très peu de matériel Montessori. L’école, l’apprentissage n’avait pas fait de sens à ses yeux.
Pour combattre son malaise, il accaparait de plus en plus la directrice de l’école, qui disait lui dédier à présent la plus grosse partie de sa journée. Elle nous demanda de consulter, suivre une thérapie. Ce que nous avons fait. La psychomotricienne a trouvé un enfant parfaitement normal à ses yeux. La psychologue pense qu’il s’agit d’un enfant envahi par ses émotions, que l’environnement était trop stimulant pour lui. Trop d’informations, trop de personnes, trop de possibilités. S’ajoute à cela la culpabilité et la honte à chaque geste impulsif. C’était trop pour lui.
De son côté, la directrice et ses équipes montrent de la lassitude. Dans ses courriers, elle cherche à nous convaincre qu’il faut alléger son temps scolaire, mettre en place une AVS. Visiblement, elle ne s’en sort plus. La directrice nous sollicite pour faire une réunion parents / école / psychologue. C’est là qu’elle nous annonce qu’elle ne souhaite pas que notre enfant fasse partie de son établissement l’année prochaine.

Sous un autre angle, je peux dire que, moi fervente défenseuse de la pédagogie Montessori, je ne comprends pas pourquoi ni comment un enfant de 4 ans peut s’éteindre dans cet environnement. Comment en 2 ans, aucun apprentissage n’a pu avoir de sens pour lui ? Comment la confiance et l’estime ont pu laisser place à la peur et l’anxiété ?

Voilà voilà ! Ce témoignage est un peu long. J’en suis désolée. Mais j’ai hâte de pouvoir lire vos avis sur la question.

Merci d’avance

Nenuph


#2

Comme toute pédagogie, je pense (et l’ai entendue de formatrices même - retour d’expériences), la pédagogie Montessori n’est pas universelle. Elle peut ne pas fonctionner avec certain.e.s. Sans compter que chaque éducatrice et éducateur est un être humain, avec ses défauts.

De ce que je comprends de votre message, la difficulté pour votre enfant serait cette sur-stimulation. C’est vrai quand dans un environnement Montessori, l’environnement est pensé pour être attractif (beau matériel, très visible et accessible, très nombreux). Ce qui peut être le souci d’ailleurs dans beaucoup d’autres classes, avec du matériel très coloré, des jouets, beaucoup d’enfants, de mobiliers, du mouvement, du bruit, etc.

Dans l’idéal dans ce cas, il faudrait trouver une classe ou un cadre (je pense - sans trop connaître - à l’IEF, mais c’est très contraignant) avec un environnement très épuré. Il existe des collègues enseignant.e.s qui travaillent ainsi. D’ailleurs c’est plutôt ce que préconise Céline Alvarez dans ses vidéos (beaucoup moins de matériel que dans un environnement Montessori).

Voilà, sincèrement désolé pour vous :frowning: J’espère que d’autres personnes du forum sauront vous donner des conseils plus utiles que mes quelques réflexions.


#3

Bonjour Nenuph,
Je suis comme toi favorable à la pédagogie Montessori et au fonctionnement proposé par les lois naturelles de l’enfant. Mais je pense que ça ne convient pas à tous les enfants.
Le psy vous a parlé d’un « enfant envahi par ses émotions ». Pour certains enfants, avoir la possibilité de choisir librement entre beaucoup d’activités peut être angoissant et insécurisant. Un fonctionnement plus cadré et dirigé peut être plus rassurant.
La scolarité pour notre fils à l’école publique a été assez compliquée, dès la maternelle. Il était également impulsif, on lui reprochait beaucoup de perturber le travail des autres et de ne pas terminer ce qu’il commençait. Finalement il a été diagnostiqué TDAH. Comme il manquait de confiance en lui on a pensé qu’une école à pédagogie alternative sans notes, ni évaluations, basée sur les encouragements et la coopération entre élèves serait bénéfique. Le psy nous avait mis en garde en nous disant que dans les écoles type Montessori c’était aux enfants d’aller d’eux-mêmes vers le travail et que les enfants comme notre fils évitaient justement ce qui s’apparentait à du travail. Nous avons quand même tenté (également par manque d’autre choix). Notre fils s’est plu dans l’école alternative. Au début ça nous a même semblé bénéfique, il semblait se concentrer sur des activités. Mais rapidement nous avons eu les mêmes remarques sur son comportement qu’à l’école publique (dit de façon plus bienveillante) et il passait peu de temps sur chaque activité, même quand il avait un éducateur pour lui tout seul. Il est maintenant au collège dans une école avec des cours beaucoup plus cadrés, des notes mais un petit effectif et des enseignants qui s’adaptent. Et son évolution est beaucoup plus positive et il s’y sent bien.

Je retire de tout ça que l’éducation qui nous semble la meilleure en tant que parents n’est pas forcément celle qui est la plus adaptée à notre enfant à nous, avec ses particularités. Ce n’est pas facile parce que nous devons faire des choix qui auront des conséquences pour notre enfant plus que pour nous et dont nous ne saurons qu’après coup s’ils ont été les bons.
En fonction de l’endroit où vous habitez, il y a plus ou moins de possibilités mais peut-être qu’il existe une petite école privée avec une pédagogie plus traditionnelle où ton fils se sentirait en confiance ? Et ça vaut le coup de se renseigner sur l’école publique du secteur, j’ai déjà entendu des témoignages où des enfants s’y trouvaient beaucoup mieux que dans l’école privée fréquentée avant.
Bon courage en tous cas !


#4

Bonjour,
j’ai lu votre post hier et j’ai préféré laisser passer la nuit avant de vous répondre car ma première réaction n’est pas suffisante pour faire avancer la réflexion et chercher une solution à votre problème.
Je vous la livre cependant: ma première réaction a été “c’est trop facile!” Maria Montessori, si j’ai bien compris, était médecin et a mis en place sa pédagogie et son matériel d’abord pour des enfants à problèmes avant de les élargir à tous les enfants; c’est trop facile, quand un enfant pose problème, de l’obliger à partir!
Lapin s’est fait “virer”, soit, il a pris un virage mais pour quel cap? C’est trop facile de ne pas prendre le temps de réfléchir avec les parents, et dans l’intérêt de l’enfant, à la suite à donner à sa scolarité. Vous a-t-on proposé des pistes? Ce virage est-il dans l’intérêt de Lapin ou dans celui de l’école?
Je ne connais pas l’effectif de cette école Montessori mais j’ai cru comprendre, d’après vos observations, que les autres enfants avaient développé de bonnes fonctions exécutives. Dans une école publique, il n’y aura pas moins de 24 élèves dans sa classe et la plupart n’auront pas développé de bonnes fonctions exécutives. C’est juste un fait à prendre en compte, vous qui connaissez bien votre enfant, avant d’opter pour une inscription en école publique.
Passons maintenant aux pistes de réflexion possibles: cette école a trouvé Lapin “atypique”; la psychologue l’a trouvé seulement très sensible aux émotions… qu’en pensent les autres gens qui le côtoient? (amis, famille, pédiatre…) N’hésitez pas à prendre un autre avis médical, à faire lire le compte-rendu de la psychologue à votre pédiatre pour qu’il vous donne lui aussi son avis. Il ne faudrait ni passer à côté d’un trouble parce que l’indignation bien légitime d’un parent qui voit son enfant banni d’une école “bienveillante” prend le pas sur l’inquiétude, ni s’inquiéter pour rien parce qu’une directrice a décidé de retirer de ses rangs les enfants qui ne promettent pas de bons résultats… Ce n’est pas simple, j’en conviens!
Les émotions se travaillent, en famille comme en thérapie. La première piste est une verbalisation de ce que vous semble être l’émotion de votre enfant: “Tu as l’air très en colère, c’est ça?” “tu es surtout prise ou surtout en colère?” La deuxième piste est d’apprendre à différencier l’émotion de l’action qui en découle. On peut être en colère sans taper, la colère est légitime, elle ne se commande pas et doit être acceptée par tous, la violence n’est pas légitime, elle se contrôle et ne doit être acceptée par personne… Ce qui prend beaucoup de temps! La troisième piste est d’aller sur internet visiter des sites comme papa positive ou l’apprentie girafe, de lire des livres comme parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent de Faber et Mazlish.
Je vous souhaite beaucoup de courage , tenez-nous au courant de l’évolution de la situation!

Une maman (mon fils est atypique) et maitresse de maternelle, Marjorie


#5

Bonjour ! Pour ma part je ne comprends pas la réaction de cette école, c’est à l’enseignant de s’adapter l’enfant. Dans ma classe ( Céline Alvarez) j’ai moi aussi deux petits garçons pour lesquels la méthode n’est pas aussi évidente que pour les autres, c’est plus compliqué pour eux, les bénéfices et les progrès sont plus lents… Et alors !? Je les accompagne, les observe… Je leur proposes différentes activités, de différentes manières. C’est notre métier !
Je pense qu’il faut surtout trouver une école où l’enseignant-e, ne se refuse rien et où le bon sens fait loi.


#6

Bonjour Nenuph
Ton fils me rappelle les enfants des vidéos de Céline sur sa formation en Belgique : ceux qui posaient des problèmes mettaient en évidence des carences des enseignants ou de leur classe. Et la plupart du temps, c’était parce que les activités proposées n’étaient pas assez “challengeantes” : trop facile pour les capacités souvent sous-estimées des enfants.
Le problème n’est pas dans l’attitude des enfants, mais l’attitude des enfants montre qu’il y a un problème à résoudre : c’est le métier des enseignants de trouver la solution.