Saut de classe manqué


#1

Bonjour à tous,
Je souhaite faire part de mon témoignage qui concerne mon fils âgé de 4 ans et demi en moyenne section.
Il y a de cela 2 mois la maîtresse me fait part des grandes compétences de mon fils, sur le plan cognitif.

Elle s’interroge sur un saut de classe car mon fils demande toujours plus, la maîtresse me dit ne plus être en mesure de lui donner et que mon fils veut de lui même aller en GS. Il commence à lire, maîtrise l’écrit et la numération/les additions.

Je suis déjà surprise d’entendre qu’à 4 ans la maîtresse ne peut pas s’adapter. Je précise qu’elle gère une classe de MS avec une atsem.
On nous parle d’un rendez vous avec la psychologue scolaire qui semble déterminant pour le saut de classe. Ce rdv met beaucoup de temps à se faire car la directrice souhaite avant cela faire passer une évaluation a mon fils avec les GS.

Nous découvrons que les évaluations sont faites, et que mon fils est seul avec une enseignante dans une classe pour faire ces « tests ».
Il en sort en me disant qu’il ne veut plus aller en GS car il sera tout seul…

Le lendemain, mon fils rencontre la psychologue scolaire.

Nous enchaînons avec un rendez vous de groupe, psychologue et directrice (la maîtresse n’est pas là)…

La directrice : « Votre fils a toutes les compétences cognitives pour passer en grande section mais je crains que sa grande sensibilité soit un obstacle à ce saut de classe, j’aurai trop de peur de faire une erreur.
D’autre part je vous invite à ne pas faire trop rentrer la pédagogie et le travail à la maison car ça peut créer des décalages entre les élèves (je vais encadrer cette phrase). Je laisse la parole à la psychologue »

La psychologue: « Paul n’aime pas l’école et préfère rester avec vous. Il m’a fait part qu’il ne souhaitait pas aller en 5 ans. Je pense que ce que la maîtresse a pu prendre pour de l’ennuie parfois est simplement qu’il n’a pas envie d’être ici. Il me dit être très bien dans sa classe… »

J’ai évidemment raccourci les dialogues et je vous ai épargné mon mécontentement durant ce rendez vous.
Ma colère quant à cette procédure terriblement longue (1 mois), illogique et décourageante.
Mettre dans la tête d’un enfant qu’il peut aller en GS pour lui annoncer que ce n’est pas le bon moment.

À présent la maîtresse de mon fils, bienveillante a su répondre a ses besoins en réorganisant la classe et en lui fournissant des exercices + mais je reste consternée par tout cela.


#2

Sans blague…mais oui c est consternant.
Ils interrogent un petit comme un grand pour être dans le cadre des procédures et ne voient pas ce qui cloche…
Mon fils dissimule ce qu il sait à l école, mais je ne le ferai jamais entendre aux instits… il en est gêné, caché qu il sait mettre son manteau, qu il sait déchiffrer. Comme je me suis permis de e le.faire remarquer, on lui fait la morale, cerise sur le gâteau : " tu sais c est normal de ne pas.savoir c est parce que tu es trop petit" Je synthétise ce qu il me répète avoir entendu à l école.
Pour le.coup, je ne vois pas.quelle situation pourrait être plus insensée.
Peut être que penser par soi même devrait être obligatoire.


#3

Bonsoir,

Tout ceci est bien agaçant en effet. Mais il faut vous concentrer sur votre enfant. Vous avez obtenu l’essentiel : un aménagement pédagogique. Maintenant que vous savez comment les choses se passent au sein de votre école, vous pourrez mieux vous ajuster pour la suite. Il n’ ya pas une école qui travaille de la même façon en France. L’école n’existe pas. Elle est le reflet de femmes et d’hommes qui la font vivre en un lieu donné.

Sans rentrer dans les détails, j’ai une fille de 8 ans qui a sauté le ce1. Pour moi, ce n’était pas possible de bénéficier de tous les apports de Céline Alvarez sur ce site et de ne pas m’en servir car son enseignante n’adhère pas à Céline Alvarez (je n’ai jamais compris cette phrase!). Donc, en fonction de l’appétit de ma fille, j’ai nourris à la maison. Evidemment, elle était au-delà des attentes en arrivant au CP.

Premier enfant, pas de repères, pas de proposition de saut de classe. Arrivée en Ce1, reprendre la connaissance des sons pour ceux qui ne savaient toujours pas lire l’a achevée.

Du coup, j’ai connu toutes la description que vous faites de votre situation. Si tout s’est bien passé sur le plan intellectuel, ma fille s’est sentie fragilisée sur le plan physique. A 8 ans, les habilites physiques s’affinent. Pour elle, ce fut difficile mais nous l’avons accompagner +++

Si nous avions été mieux accompagnés par l’Education Nationale, il aurait été préférable qu’elle saute le CP. Mais malgré tout cela et avec un recul de 4 ans, je ne regrette pas mes choix. Je me souviens de conversations ubuesques avec d’autres familles de l’école qui m’affirmaient que les vrais apprentissages débutaient au CP.

Aujourd’hui, ce sont ces mêmes parents effrayés qui courent partout en quête d’un orthophoniste ou tout autre professionnel pour remédier aux difficultés actuelles de leurs enfants car la lecture n’est toujours pas fluide au CE2, que c’est la guerre ouverte pour faire les devoirs, que ce n’est pas normal que la maitresse ne passe pas tout son temps avec leur enfant pour l’aider alors qu’elle en a 30.

Perso, j’ai fait un autre choix qui m’a tranquilisé. Mes enfants ne sont pas plus intelligents ou plus éveillés. J’ai juste utilisé tous les formidables outils que l’on trouve ici.

Par contre, ma colère n’a pas diminué en 4 ans. Même si je suis ravie pour ma famille, c’est vraiment scandaleux que ces outils qui rééquilibrent les chances de réussite scolaire ne soient pas déployés dans toutes les écoles.

Bref, ne restez pas focalisée sur ce rdv. Soyez attentive pour la suite.

Et voyez le bon côté des choses: vous avez bénéficié d’une répétition au cas où votre enfant ait besoin d’un saut de classe plus tard dans sa scolarité :wink:

Bonne continuation.


#4

Bonjour, votre histoire ne m’est pas inconnue. J’accompagne de nombreuses familles dans des démarches de raccourcissement de cycle ou d’adaptations dans le cadre de PPRE pour des élèves à besoins éducatifs particuliers (essentiellement des EHPavec ou sans troubles des apprentissages ou du comportement).
Ce qui m’interpelle est la position des adultes qui, sans passer par des protocoles indispensables, décident puis reviennent sur leur décision sans tenir compte de l’élève.

  1. repérage (ce que la maitresse pressent),
  2. évaluation de la situation du point de vue de l’enseignant et du point de vue de l’enfant avec la famille et la psy-EN
  3. test psychométrique si nécessaire pour mieux cibler le profil et apporter les réponses adéquates,
  4. équipe éducative pour reconnaitre une situation et mettre en place les aménagements indispensables (si nécessaire)
  5. évaluation du PPRE si on en a mis un en place et réajustements si nécessaire …
    Il me semble important d’utiliser les ressources EN car il y en a:
  • Vademécum sur la précocité (qui devrait être envisagée, si je comprends bien votre situation), - eduscol. (vous ajouter le sujet qui vous préoccupe) …
    Ce qui est consternant est de constater qu’il existe des textes, des ressources pour les parents comme pour les enseignants. Pourquoi n’est-ce pas diffusé ?
    L’enfant doit être au centre des décisions prises dans une école inclusive.
    Vous connaissez votre enfant, vous avez votre expertise à apporter.
    Aucun enfant n’est la reproduction d’un autre et aucun adulte ne devrait prendre une décision en fonction de ses croyances (manque de maturité, âge physique différent du reste de la classe …) même si cela est une réalité car il y a toujours des solutions.
    Tous les enfants d’une même classe d’âge ne se développent pas à la même vitesse ni de la même façon, c’est un leurre de le croire (acquisition du langage, de la marche …)
    Ces raisons sont donc à proscrire au profit d’une seule question essentielle :
    “Où est la place de cet enfant dans notre système éducatif pour qu’il s’y sente bien et donne le meilleur de lui-même”.

#5

Le principe même de classes d’age est archaïque et purement administratif. Il ne correspond pas à la réalité ni aux besoins de l’enfant. Quelle idée de regrouper dans une même classe plusieurs dizaines d’enfants du même âge ! Un enfant a besoin de se confronter à la diversité pour grandir et apprendre. Comment se développer avec d’autre enfants du même âge, qui sont confrontés aux mêmes stades psycho-affectifs ? Dans le cadre familial, les enfants grandissent avec des frères et sœurs plus grands et plus petits.

Je milite pour une école ouverte qui confronte les enfants à de multiples expériences humaines. L’idéal serait que les élèves puissent rencontrer régulièrement d’autres enfants et adultes d’âges et de conditions variées. Des expériences en ce sens ont pu être menées avec succès de classes enfantines proches de maisons de retraites, pour le plus grand plaisir de tous. D’autres collègues ouvrent leur classes et les élèves circulent d’une classe à l’autre, les grands travaillant avec de plus petits. Des école inclusives accueillent des élèves handicapés. Les écoles où la carte scolaire est respectée mélangent des élèves de milieux sociaux variés.

Les mentalités évoluent petit à petit. Certains collègues privilégient maintenant les classes multiniveaux car ils comprennent tout l’intérêt qu’il peut y avoir à mélanger des enfants d’age différents. L’organisation des programmes par cycles va dans ce sens. Un élève avance à son rythme dans les connaissances demandées pendant les trois ans du cycle, avec la possibilité d’allonger ou raccourcir le cycle d’un an. Ça c’est la théorie, car dans la réalité les classe fonctionnent encore par niveau année par année, de la PS au CM2.

Et un enfant né en fin d’année civile quelques jours avant son camarade de début d’année n’aura pas le choix, il sera placé arbitrairement dans la classe d’avant et sera évalué à ce niveau. J’ai eu fait passer à contre coeur des élèves en CP qui à mon avis seraient bien restés une année de plus en GS. Et inversement. Mais un redoublement, et encore pire un saut de classe, c’est tellement déconseillé par l’inspection et soumis à tout un bazar administratif qu’on renonce généralement à se battre. Et surtout, les enfants (et les parents) ont si peu leur avis à donner, ce n’est pas normal.


#6

Merci pour vos réponses qui me soutiennent dans mon idée.

A présent je suis face à mon enfant qui ne veut plus se rendre à l’école. Ce sont de crises terribles tous les matins, très difficile à gérer. C’est sincèrement éprouvant pour tout le monde.

Je me pose des questions … aurait il vécu ce saut de classe manqué comme un échec? N’est il plus motivé depuis que le rêve de rejoindre les 5 ans s’est envolé ?
Il nous dit qu’il veut rester avec nous, qu’à l’école il n’apprend rien, que l’on se moque de lui… chaque jour il y a une nouvelle « excuse ».

Du côté de l’école on me dit que les journées se passent bien, qu’il n’y a rien de spécial à signaler.

Je reste perplexe et triste.


#7

Bonjour, avez-vous déjà entendu parler du co-schooling ? De parents qui apportent un complément pédagogique aux enseignants, après la classe ?


#8

Bonjour,
Je viens de découvrir cela sur internet, je ne connaissais pas du tout. Merci pour la suggestion c’est intéressant. Je pense que nous appliquons cela assez naturellement depuis que mes enfants sont petits mais je vais regarder plus en détails.


#9

Bonjour,

Je pratique en classe MS/GS depuis 4 ans en m’inspirant largement des vidéos et conseils de @céline et les performances en lecture, numération et autonomie sont si grandes que chaque année, je suis confrontée à la problématique des sauts de classe. L’école élémentaire où vont une majorité des élèves de ma classe a d’autres pratiques pédagogiques et je sais, pour en avoir discuté longuement avec les collègues, qu’avoir des enfants en CP qui savent déjà lire pose problème. Je rencontre toujours les parents et nous réfléchissons ensemble à ce qui paraît le mieux selon l’enfant concerné. C’est toujours un choix délicat et une prise de risque car on ne sait pas, in fine, comment l’enfant réagira. Il m’est arrivé de faire sauter la même année 2 élèves de GS en CE1 et 1 élève de MS en CE1. Les 3 sont actuellement (2 ans après) dans la tête de classe. Les collègues n’apprécient pas ces sauts de classe et il faut négocier chaque année. Les reproches sont que l’enfant n’a pas la posture d’élève en arrivant, que c’est compliqué car ils sont souvent meilleurs que des “vrais” CE1, que ça doit rester exceptionnel, que cela influe sur les évaluations de début CP car les bons élèves étant au CE1, les résultats de CP sont moins bons qu’ils ne pourraient l’être. Malgré tout, je ne me vois pas envoyer un enfant dans une classe dans laquelle il va s’ennuyer toute l’année et perdre l’habitude de challenger son intellect. Je peux comprendre que la classe de CP soit difficile avec la pression de l’apprentissage de la lecture. Je trouve dommage de ne pas proposer autre chose pour ceux qui savent déjà sans forcément passer par le saut de classe. Ils ont en effet beaucoup à apprendre sur la tenue du cahier, la rapidité d’écriture, ce qu’on attend d’un élève d’élémentaire…Comme le dit @Florian, le cycle c’est chouette en théorie mais peu appliqué finalement sinon on ne se poserait pas toutes ces questions. Cette année encore, je vais devoir faire des choix et cela m’est de plus en plus pénible. J’en suis à me demander si je ne devrais pas laisser les élèves lecteurs (et super performants en tout finalement) aller au CP et les collègues d’élémentaire gérer ça en acceptant le risque que les enfants s’ennuient et que cela ne me regarde plus. J’avoue que ça sera difficile :slight_smile:

Pour ton fils @Tabata, peut-être qu’il peut se dire que la journée à l’école lui sert à apprendre à interagir avec les autres, à comprendre les relations sociales et ce qui se joue dans un collectif. Un peu comme un jeu dont il faut deviner les règles implicites. Tu peux lui poser des questions et il va chercher les réponses dans la journée, comme : comment font les enfants pour être copains ? Cela va l’occuper à observer et réfléchir. Les questions sont multiples, c’est comme une enquête sociologique. Comment se découpe le temps ? Qu’est ce que vous faites en premier ? et après ?.. Qui décide ? En quels occasions ? Ce n’est pas du temps perdu. Et ce sera rigolo pour toi d’avoir sa vision des choses. A la maison, tu continues à lui proposer des choses plus excitantes pour son esprit. Bon courage à toi, c’est triste de laisser son petit garçon à l’école dans ces conditions.