Trop d'ateliers ?


#1

Bonjour à tous,
Je suis désolée de venir déposer mes doutes et mes inquiétudes ici mais j’avoue être un peu perdue …
Je change d’école à la rentrée et de niveau puisque je passe d’une PS/MS à une MS/GS et quelque part c’est très bien puisque cela m’oblige à bousculer mes habitudes mais en voyant tout ce qui se fait chez mes futures collègues (Montessori “pur”) et sur les différents sites je suis totalement noyée ! Sans parler des nouveaux nouveaux programmes !
J’ai l’impression que les autres proposent ENORMEMEMENT d’ateliers, d’activités, d’évaluations et cela m’angoisse énormément parce que je me dis que les enfants (surtout en maternelle) ont encore besoin de jouer, de temps libre, de refaire plusieurs fois la même activité et que leur proposer trop de choses ce n’est pas forcément une bonne idée. Ou alors c’est moi qui vieillis :wink: ou qui ne suis plus à ma place dans l’enseignement … Suis je la seule ?


#2

Foufou, je pense qu’il faut suivre ce que ton cœur te dicte et effectivement proposer moins d’ateliers.


#3

Je me rattache à la science de Pauline Kergomard : « Le jeu, c’est le travail de l’enfant, c’est son métier, c’est sa vie. »
Personnellement, j’attends de l’école maternelle qu’elle laisse l’enfant grandir sans sentir de pression, sans être toujours examiné : comprend-il les consignes ? Accepte-t-il de les suivre ? Est-il assez habile pour son âge ? Les parents eux aussi souffrent. Il semble qu’on ait oublié ce que pourtant on répète : deux enfants ne grandissent pas au même rythme. Un enfant intelligent n’est pas forcément précoce. Par exemple l’auteur du roman autobiographique : « Métaphysique des tubes », Amélie Nothomb, s’éveilla très tard. Citons la wikipédia : Jusqu’à ses deux ans et demi, Amélie est considérée par tous comme un « tube digestif inerte et végétatif dont les activités se bornent à ses besoins primaires »
J’attends que les maîtres proposent des activités certes, mais laissant à l’enfant autant que possible le plaisir d’exercer librement sa créativité. J’ai regretté d’avoir dit, en regardant une peinture de mon fils aîné que les arbres sont verts. On peut montrer à un enfant comment faire un bonhomme, mais il ne faut pas lui demander d’en représenter un correctement. Même s’il veut offrir cinq pattes à un chat, s’il lui donne des oreilles de lapin il faut le laisser tranquille. Surtout je pense nuisible de lui imposer des couleurs, un tracé précis, une répétition de trois figures. Quel en est l’intérêt ? Il grandit, et ce qui lui demande un effort à quatre ans lui paraîtra évident à six ans, qu’il ait ou non reçu cet enseignement.
Par contre, je pense profitable de faire chanter et danser l’enfant, de le faire parler, de lui raconter des histoires, en expliquant chaque phrase, chaque idée, chaque événement. Et selon moi les illustrations aident ceux qui dominent mal la langue, ceux qui n’ont pas voyagé, ceux à qui les parents n’ont pas appris grand-chose, elles permettent souvent aux moins favorisés de tirer profit du travail du maître. Elles aident aussi l’enfant à maintenir son attention. Enfin, si elles sont belles, elles lui procurent du plaisir.
Je ne rejette pas en bloc les activités, un enfant est heureux d’observer et d’essayer de décrire un insecte ou une plante, de semer des graines et de les voir pousser, de peindre, même s’il se contente d’étaler sa peinture, de construire une tour de Kapla ou un château en cubes, de donner une forme à un bloc de pâte à modeler, mais ne transformez pas ces plaisirs en exercice et en test.
Les maîtres et les maîtresses veulent montrer aux parents de belles réalisations. Par exemple, en trempant les roues d’une voiture miniature dans la peinture et en la faisant ainsi rouler sur une feuille de papier, on obtient un résultat agréable à regarder, mais je crois qu’il est plus formateur et surtout de laisser l’enfant dessiner en désordre, même parfois des objets incompréhensibles. Une de mes petites filles représente une porte pas un petit carré placé n’importe où et une serrure par une flèche, elle sait l’expliquer. Nous regardons son œuvre, et non celle d’un adulte qui guide un élève…
En voyant les travaux des petits de la maternelle, j’ai parfois l’impression qu’on leur apprend essentiellement à obéir aux consignes, c’est-à-dire à perdre toute autonomie. Plusieurs de mes petits enfants disent après une journée d’école maternelle : nous ne nous sommes pas amusés, nous avons travaillé. Pauvres enfants ! Laissez-les tranquilles, parlez-leur, amusez-les, distrayez-les. S’ils apprennent à écouter, s’ils apprennent qu’on peut entendre ou écouter activement en cherchant à comprendre, s’ils apprennent à parler correctement, clairement, sans peur avec confiance, c’est bien assez.
Les enfants qui écrivent trop tôt ou trop souvent à l’école maternelle prennent généralement de mauvaises habitudes. Certains tracent des lettres en les rectifiant, ou en les décomposant en plusieurs morceaux, levant ainsi sans cesse le stylo. D’autres, au contraire ayant bien compris, traçant dix ou douze « l » avec une certaine précipitation oublient la queue de cette lettre, et lorsqu’enfin le programme prévoit qu’ils puissent écrire « la », ils collent la voyelle à la consonne, ou doivent ajouter cette petite queue avant de relever le stylo pour faire le a ». Ainsi au lieu de
tracer la lettre « l », soulever le stylo, tracer le « a », ils sont amenés à :
tracer la lettre « l », soulever le stylo, tracer la petite queue, soulever le stylo, tracer le « a ».
C’est un handicap. En voulant commencer trop tôt un travail difficile à cet âge, on fait des bêtises.
Apprendre l’alphabet à cet âge est aussi inutile : dans les années qui suivent, aucun ne cherchera dans un dictionnaire, aucun ne classera des mots dans l’ordre alphabétique, mais dire « erre » pour le son « re » est vraiment gênant J’ai vu des enfants qui devant le son « bra » lisaient « bérra ». Personnellement, je n’ai enseigné l’alphabet à mes enfants que lorsqu’ils savaient lire. Auparavant, ils ne connaissaient que les anciens noms, c’est-à-dire les sons.
Savoir l’alphabet n’a d’autre but que de montrer qu’on sait le réciter. Réciter une jolie poésie me paraît nettement plus enrichissant, et d’ailleurs plus agréable à entendre. Certes les enfants, naturellement heureux de plaire à leur entourage acceptent généralement cet apprentissage en souriant, mais avouez qu’il est fastidieux, comparé à l’audition de jolis contes.
Toutes les nombreuses activités difficiles et fastidieuses, voire franchement ennuyeuses pour certains enfants sont pour moi un frein à leur développement, et sont en contradiction avec le discours officiel.
Il y a tant à faire simplement pour apprendre la langue et connaître la culture générale qu’exigent et donnent les livres d’enfants sur le monde réel actuel, le monde passé, le monde imaginaire…. ((La mer, la montagne, la campagne, les saisons, les animaux, les métiers, les chevaliers, les rois, les fées, les dragons, les fantômes, …
Ainsi, je vous approuve parfaitement dans votre choix de limiter les activités.

Je suis professeur de mathématiques à la retraite. Trois de mes grands patents étaient instituteurs au début du vingtième siècle. Ma grand-mère a enseigné par choix dans une école maternelle de Montpellier. J’ai scolarisé mes douze enfants à domicile jusqu’en terminale, et passé plus de trois ans au Congo, enseignant en bénévole devant le maître dans des écoles de brousse ou dehors en cours particulier aux enfants volontaires. Depuis mon enfance, entourée d’enseignants, je connais différents points de vue, j’étudie les méthodes d’enseignement. Non hélas par une méthode statistique satisfaisante, mais en analysant les conséquences visibles sur certains enfants de chaque acte de l’enseignant.