Je parle mal à mes élèves


#1

Bonsoir,

Je reviens ici, car j’ai de très grandes difficultés avec mes élèves. Ils sont en lycée pro et je n’arrive pas à trouver du plaisir à enseigner.

Je pense avoir quelques élèves avec des TDAH, un programme assez dense et un manque cruel d’expériences.

Pour les élèves TDAH, j’ai mis en place une période pendant laquelle ils peuvent aller dehors pour se recentrer. Mais j’ai l’impression qu’ils se jouent de moi et continue à discuter de plus belle.

Ensuite, ils ne m’écoutent pas et je suis obligé de leur demander de répéter plusieurs fois pour être sûr qu’ils aient l’information.

Mais ils discutent énormément entre eux et je n’y arrive pas à créer des cours qui les motivent.

Pourtant je travaille beaucoup. Je passe beaucoup de temps dans la rédaction des cours (parfois 18h pour 2 heures de cours), pour trouver les bons sujets (cela tourne beaucoup autour du football, ou de la musique, téléphonie). Mais je n’arrive à créer une dynamique. Quand je parle des thèmes introductif pour implémenter mes cours, ils sont assez impressionné et me disent que ce sont de bonnes idées.

J’ai l’impression de ne pas savoir créer de structure avec un manque de rituel sur lesquels ils pourraient sentir un certain rythme à travers lequel ils pourraient poser des repères.

Du coup, je me sens dépassé, très stressé et je finis par crier, être très agressif… :confused:
Mais le plus important, je ne prends plus aucun plaisir d’enseigner…


#2

Tu as des classes de combien d’élèves? Je n’ai jamais travaillé en lycée mais j’ai fait des petits remplacements en segpa etc… Si tu manques d’expérience c’est normal d’être en difficulté, tu ne peux pas demander conseil à quelqun, prof ou directeur ?
Je vais te donner un conseil très général mais important, essaie de nouer un lien individuel avec chacun de tes élèves, que tous pensent qu’il y a quelque chose que tu apprécies chez eux , et le top serait que ce soit vraiment sincère. Ce n’est pas facile mais petit à petit ca pourrait améliorer tes rapports aux élèves. Bon courage!


#3

Je précise qu’il ne s’agit pas de devenir leur copain, mais bien d’observer ou de faire remarquer une qualité, un potentiel, de s’interesser à quelque chose qu’ils font ou aiment, bref de les considérer sous un jour nouveau plutot que comme des saboteurs de cours


#4

Merci de ton message.

C’est déjà fait. Je pense être assez positif envers les autres personnes. Je connais tous leur prénom et je leur dis bonjour un à un quand il rentre dans la classe.
Ils sont 22, mais ils sont tellement bruyant.

En fait, ces élèves ne sont pas raisonnables, mais juste émotionnel. J’ai essayé d’utiliser les renforceurs positifs et négatifs, mais dans ma tête, je suis tellement surchargé de demandes, de questions, de “Monsieur !”, de bruit, de conversation que je ne sais pas prendre du recul, me détacher…

Surtout mon gros problème, c’est que je n’arrive pas à rire avec eux. J’ai un humour très noir, et, donc, que je ne peux pas utiliser en classe. J’ai voulu l’utiliser une ou deux fois, cela a fini par un éclat de rire de toute la classe avec certains qui faisaient des bruits d’animaux et l’élève qui ne savait plus où se mettre. Autant dire que cela a été une expérience traumatisante pour moi :confused:


#5

Ce sont des élèves de bac pro en quelle branche? Et en quelle année?


#6

Bonjour

C’est un âge difficile, où les jeunes se cherchent (sans vraiment se trouver, faute de motivation et de soutien bien souvent)
Je comprends que cela soit très frustrant pour toi : passer énormément de temps sur une activité qui n’intéresse personne doit être vraiment démotivant. Et passer des journées complètes dans cette ambiance difficile ne peut pas t’aider à voir du positif …

Tu dis qu’ils sont en Lycée Pro … ont-ils choisi leur branche ? se sentent-ils impliqués dans ce qu’ils font ?
Tu n’indiques pas la matière dont tu es en charge … peut-être que celle-ci leur posait déjà problème avant ? Il faut que tu arrives à te persuader que tu n’es pas le seul en cause.

As-tu essayé de partir de leurs idées à eux ? Même s’ils te proposent des sujets qui s’éloignent du “programme”, cela vaut peut-être le coup de lâcher prise et de voir où cela vous mènerait (de toutes manières, tu as déjà l’impression que ce que tu fais actuellement ne vous avance pas, non ?)

Donne nous plus de détails sur ta situation : niveau, âge des élèves, matière, milieu du lycée … Je suis sûre qu’à plusieurs nous réussirons à trouver des idées de départ pour toucher tes faux insensibles !

Bon courage en attendant


#7

Tiens un petit lien sympa:
https://youtu.be/hWa-QT9dfzo


#8

Bonsoir Manuel,
d’abord je trouve très courageux de parler clairement des problèmes que l’on rencontre en tant qu’enseignant face à une classe où les élèves ne sont pas attentifs, pas coopératifs et où l’enseignant perd son assurance puis son calme et enfin son plaisir d’enseigner…
Car il faut du courage pour accepter de voir avec lucidité ce qui se passe au niveau humain, et qui parfois nous dépasse complètement, nous touche profondément aussi… pour se remettre en question comme tu le fais, sans baisser les bras mais en travaillant encore et toujours plus ses préparations de cours…
Toi et tes élèves êtes avant tout des humains, qui avez tous des besoins fondamentaux qui ne sont visiblement pas respectés dans le cadre actuel… Tes besoins à toi en tant qu’enseignant impliqué, très investi dans son travail, quels sont-ils ? Et pour tes élèves, leurs besoins en tant qu’ados qui ont connu l’échec scolaire depuis longtemps j’imagine, c’est quoi ?
Je vois que tu cherches à répondre aux besoins de bouger que manifestent certains de tes élèves que tu soupçonnes d’être hyper-actifs, en leur suggérant des plages horaires où ils peuvent aller dehors “pour se recentrer”… Cela montre que tu cherches à les comprendre et à trouver des solutions pour qu’ils se sentent mieux… Mais as-tu pensé à leur demander à eux s’ils n’auraient pas des idées pour être plus attentifs en cours ? Je crois que tes élèves sont assez grands, au lycée, pour pouvoir se mettre à réfléchir sérieusement là-dessus, et proposer des idées à la fois originales et réalistes, si seulement ils veulent bien croire qu’on les écoutera vraiment…
As-tu déjà entendu parler de la CNV, ou Communication Non Violente ? Sur des bases très simples et logiques, mais qui demandent une vraie lucidité et un vrai respect de soi-même d’abord, puis de l’autre, on t’explique comment établir et maintenir un contact véritablement humain, apaisé et profondément respectueux, avec n’importe quel autre ou groupe d’autres… Dans son ouvrage “Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)”, Marshall Rosenberg raconte au moins une anecdote scolaire avec des “grands” (niveau collège ou lycée) où, en donnant la parole aux élèves, et en la prenant sérieusement en compte, des solutions créatives et originales venant des élèves ont été appliquées en donnant satisfaction à tous, les élèves dits “difficiles” comme ceux qui voulaient travailler, et les professeurs…

Sinon si je peux me hasarder à te donner un conseil, ce serait peut-être de penser aussi à toi, à ce qui te ressource et te fait vibrer toi… D’abord prends soin de toi, et recentre toi peut-être un peu plus sur ce que tu aimes, sur ce que serait ton plaisir d’enseigner, pour préparer tes prochains cours, sans que ça te prenne non plus toute ton énergie… Au contraire même, que tes prépas, aussi longues soient-elles, (si tu y passes autant de temps c’est que tu y trouves au moins un peu de plaisir) te donnent envie, te reboostent et t’aident à faire passer le meilleur de toi : tes enthousiasmes, tes valeurs profondes, tes joies…


#9

Bonjour Manuel,

Tout d’abord bravo pour ton courage, ta perseverence et ta remise en cause.

Je n’ai aucune expérience en lycée professionnel mais je sais à quel point avec des élèves non attentifs et un programme chargé qui m’avance pas c’est pesant.:sweat:

Mon mari est passé par le professionnel. Ses meilleurs souvenirs sont avec des profs qui lui parlaient comme un professionnel à des jeunes hommes et non comme un professeur à ses élèves.:thinking:

Est il possible de les impliquer dans un projet qu’ils monteraient entièrement. Chacun (ou par groupe) s’impliquerait dans une tâche. A chaque début de semaine on fait un petit debrif : les objectifs, les tâches accomplies, les groupes qui auraient besoin l’aide de leurs camarades… (tu peux te renseigner sur la pédagogie freinet et sur le monde de l’entreprise en essayant d’adapter tout cela à ta matière…). Je rejoins @Helene35, il est parfois intéressant de s’éloigner un peu du programme pour gagner la confiance des élèves afin de mieux y revenir ensuite. Si ce premier défi permet de fédérer les élèves avec toi, tu pourras ensuite leur proposer des objectifs bien plus scolaires.

Accepter de ne pas donner à tous ses élèves le même travail est très déstabilisant au début (on a l’impression de perdre le contrôle, et les élèves doivent trouver d’autres sources d’information pour découvrir les nouvelles notions : livres, camarades…) Mais avec un suivi rigoureux au final chacun y trouve son compte.

Bon courage


#10

Tout d’abord je vous remercie de vos nombreuses réponses et je vais essayer d’y répondre à tous.

Matière : Maths-Sciences
Branche : électricité - électronique
Nombre d’élèves par classe : 22 en classe entière - 12 en demi-groupe.
Age : 16-22 ans
Créneau horaire : TP 2 heures en demi-groupe - 2 * 1h de cours ensemble

Pour les conseils, j’ai demandé à de nombreuses personnes, mais j’ai des sons de cloche différent : les laisser faire, retirer des points sur le prochain contrôle, tout contrôle, ne rien laisser passer, portable interdit, tu ne peux pas les empêcher d’utiliser leur portable…
Comment gérez-vous le portable en classe ?

La relation avec l’élève est pour moi la plus importante. Malheureusement j’ai eu très mauvaise estime de moi - une raison pour lesquelles j’ai mis du temps à enseigner en classe - du coup, je ne sais pas du tout ce que les élèves pensent de moi. J’ai l’impression d’être jugé en constance. Je travaille énormément dessus.
Pour créer un lien sincère, je n’y arrive, je suis trop braqué et trop stressé. J’essaie de me détendre, mais je n’arrive pas à utiliser l’humour.

Ils se sentent impliqué dans ce qu’ils font. Mais pas forcément en mathématiques ou en sciences. C’est difficile de répondre à cette question. Pour cela, j’essaie de partir de leurs idées (football, sport, jeux vidéos, téléphonie), mais sans succès. Je n’ai pas senti l’accroche.

Je ne vois pas comment je peux m’éloigner de mon programme en mathématiques ou en sciences. Déjà le programme est bien pensé. J’ai fait un cours sur le son - domaine que j’aime beaucoup dont je suis spécialiste - et cela a été très difficile de tous les intéresser. Mais attention, certains sont intéressés. Pour l’instant le lâcher-prise, je n’y arrive pas. Je ne sens pas ce que je dois lâcher en fait.

https://youtu.be/hWa-QT9dfzo : ce mec est un showman. Grande classe, très drôle, beaucoup d’expériences. Ces techniques sont intéressantes, mais restent des techniques quand le cours est déjà bien ficelé.

Je crois surtout manqué de rituels, d’automatisme, de rythme et de structure…

CNV
Je reconnais bien la structure propre de la CNV. J’ai pratiqué la CNV pendant plusieurs années et je l’ai abandonné, car inefficace personnellement et dans toutes les études que j’ai pu lire. Je veux dire que je suis un fervent partisan de l’écoute empathique, mais exprimer ses besoins à des personnes qui ne connaissant pas la CNV a toujours été voué à l’échec. Pour la CNV, je pense qu’il faut que l’autre personne ait une certaine culture et connaissance de certaines notions (les émotions, la peur, la colère etc) et certaines ressources cognitives. J’ai abandonné la psychologie humaniste pour me tourner vers la psychologie cognitivo-comportementale, et je suis vraiment en train de me centrer sur la psychologie comportementale. C’est pour cela que j’ai parlé de renforcements positifs et négatifs.

Mes besoins

  • Me sentir en sécurité
  • construire un lien avec mes élèves
  • partager mes connaissances
  • prendre du plaisir
  • être reconnu dans mon métier.

Les besoins de mes élèves

  • Se sentir en sécurité
  • Se sentir utile
  • comprendre l’intérêt de ce qu’ils font
  • Besoins affectifs

J’ai déjà convoqué des parents d’élèves pour déterminer quelles stratégies nous pouvions utiliser, essayer de voir ce qui était faisable. Ils font des efforts :wink:, mais au bout d’un moment ils abandonnent… Manque de structure. Je vais redemander comment ils peuvent mieux se tenir en cours la semaine prochaine.

Pour moi : en ce moment, je suis dans une phase difficile avec beaucoup de travail, j’ai déjà compris certaines choses sur moi, mais tout est difficile. Tant que je n’arrive pas à trouver de forme et, donc, d’unité dans ma classe, je ne pourrais pas prendre de plaisir.

Après, j’aime apprendre, c’est l’une de mes grandes forces. Mais j’ai une pensée divergente et j’ai de gros problèmes d’organisation : ceci est une faiblesse.

Relation professeur-élève :
Là est le gros problème !
En fait j’ai l’impression de ne pas avoir d’autorité. C’est un gros pilier très fragile en moi. Du coup, je me braque et je deviens sévère. J’ai l’impression qu’ils se moquent de moi. Certains se moquent de moi.
Par exemple : j’ai des tics aux yeux et un élève s’amuser à imiter mes tics pour se moquer. Du coup, je ne sais pas comment réagir.
J’ai un élève qui ma croisé dans le couloir avec un autre élève et il a voulu me taper la main en mode " Salut, mon potos !!". :confused: Je leur parle comme s’ils étaient mes égaux, mais du coup ils me prennent de haut… :frowning:
De la même façon, j’ai des principes assez fort, et cela est difficile pour d’exclure un élève pour bavardages. Je sens que mon cours n’est pas assez intéressant, et cet élève ne mérite pas d’être exclu. J’ai vu que certains professeurs n’hésitent pas à sortir leurs élèves.
Pour le moi parler c’est important, et j’essaie d’orienter leurs discussions sur le cours, mais je n’arrive à contenir, focaliser leur attention sur le cours. Je suis conscient que c’est un gros challenge. A côté de cela, ils s’insultent, c’est dur.

Finalement, la pédagogie différenciée, je suis un partisan convaincu, mais cette pédagogie demande énormément de travail en plus. Et là, je dois avouer être dépassé…

Je pense que mon autre problème c’est que je ne travaille pas assez efficacement… Enfin…


#11

Alors “ne rien laisser passer”, ça ne veut pas dire punir, sévir, ou exclure à la moindre broutille… ça veut dire “ne pas faire semblant de ne pas avoir vu”… Le “secret” de l"autorité" ce n’est pas la sévérité, et encore moins l’injustice bien sûr, non, le secret de l’autorité, c’est la sincérité
Les enfants, les ados et les humains en général sont très sensibles au langage global, celui des mots et celui du corps, et sur l’adéquation entre les deux… Si tu ne sais pas comment réagir parfois, c’est que tu te demandes comment tu devrais réagir au lieu de te demander comment tu voudrais réagir… Et du coup tu ne réagis pas du tout… jusqu’à ce que tu exploses pour un rien…
Autorise toi et entraine toi à réagir très vite comme ça te vient, spontanément et honnêtement, en utilisant tout l’éventail des réactions humaines possibles : si tu ne sais pas quoi dire, tu peux planter ton regard dans celui de la personne qui t’interpelle, et laisser ton visage exprimer ce que tu ressens (haussement de sourcils, moue dubitative, sourire sincèrement gentil ou amusé, froncement de sourcils, grimace, que sais-je…) ou bien te râcler la gorge, faire un bruit de bouche (tss tss) taper des mains ou claquer des doigts pour attirer l’attention de celui qui ne regarde pas dans ta direction… Si tu sens qu’il y a quelque-chose à dire, alors dis-le avant de te sentir à bout… ça sortira comme ça sortira, et ce sera entendu si c’est honnête et sincère, si tu parles de ce que tu ressens et de ce dont tu as besoin en évitant de juger comme mauvais les comportements qui te gênent et leurs auteurs… Et n’utilise les sanctions institutionnelles (style heures de colle, mots dans le carnet, contrôle surprise, mauvaises notes de comportement etc…) que le plus exceptionnellement possible, l’idéal étant de ne jamais avoir recours à des punitions, mais seulement à des sanctions réparatrices par exemple…
Et courage Manuel, tu es sur la bonne voie ! Céline nous martèle “faites-vous confiance !” , c’est valable pour toi aussi, pour toi surtout…


#12

Bonjour

Je vois que tu as déjà beaucoup réfléchi et pris du recul sur ce qui se passe en classe, sur tes relations avec ces élèves, sur ce que tu attends … c’est une très bonne chose, cela veut dire que tu t’impliques énormément et que tu as envie de voir évoluer les choses. Courage, tu vas y arriver !

Je ne me suis pas permise de te demander ton âge, mais j’ai l’impression que c’est un facteur important dans ton positionnement vis à vis de tes élèves … non ?

Tu t’interdis un certain type de relations avec eux, j’imagine par crainte de perdre leur respect, ou ton autorité. Mais à leur niveau et dans ta branche, certains ont un peu passé l’âge de se faire punir … Il faut trouver d’autres moyens de les toucher, et il me semble qu’il peut être porteur de jouer la corde sensible. Ils ont besoin de sentir qu’ils appartiennent à un groupe, besoin de sentir qu’on s’intéresse à eux (même s’ils ne le montrent pas)

… et pourquoi pas ?
Etre naturel avec des “grands” élèves permet aussi d’être dans les échanges, dans une certaine limite bien sûr (je ne vais pas te conseiller d’aller au bistrot boire une bière avec eux non plus … mais un café pourquoi pas ? :wink:

J’ai eu une prof de français au lycée avec qui nous avions un super contact. On est allé au ciné et au théâtre ensemble en dehors des horaires scolaires, j’ai même passé quelques après midi chez elle à nous préparer pour des soirées. Cela n’a jamais empêché une fois en cours de travailler pour préparer le Bac comme il se doit.
Partager ses passions, se montrer tel qu’on est - avec ses hauts et ses bas - en un mot, être sincère comme le dit Isa, c’est essentiel.

Le respect ne s’impose pas : il se gagne.

Je comprends que cela te perturbe. Ce n’est pas agréable de se sentir moqué. En as-tu parlé avec l’élève concerné ? Clairement, entre 4 yeux, à la fin d’un cours, tu lui expliques que tu as remarqué qu’il étais très observateur et qu’il t’imitais à la perfection … mais que cela te blesse car tu fais de gros efforts pour éviter ces tics. Tu peux ensuite lui dire que tu préférerais qu’il exerce ses talents sur un autre point de ta personnalité (positif cette fois !) et lui demander en passant ce qu’il attend de ce cour, ce qu’il pourrait faire lui pour tendre vers cet idéal … Engager un échange, quoi.
Et ne pas te braquer s’il ne répond pas, tu lui dis d’y réfléchir et de revenir vers toi plus tard.

Tu as bien raison : c’est par la communication et les échanges d’opinions que tu pourras avancer et faire avancer tes élèves, surtout à leurs âges. C’est difficile car bien souvent, ils n’ont jamais eu ce droit ou cette possibilité de s’exprimer. C’est comme tout : cela nécessite un apprentissage, et du temps.
S’ils en viennent aux insultes et que cela t’insupporte (ce qui est logique !) Dis leur ! tu as le droit d’avoir tes limites. tu les expliques, et sur ça, tu ne lâches rien. Il faut être clair sur ce qui est ou non acceptable. Point. Pas de discussion.

C’est un combat de tous les jours, c’est épuisant, mais cela portera ses fruits … avec le temps !
Prends du recul et protège toi du mieux que tu peux. Quand tu auras trouvé ta “vitesse de croisière”, tu verras c’est un métier formidable … mais ça tu le sais déjà :yum:


#13

Merci pour vos deux messages. Cependant je suis plus perplexe sur plusieurs passages.

Si tu ne sais pas comment réagir parfois, c’est que tu te demandes comment tu devrais réagir au lieu de te demander comment tu voudrais réagir… Et du coup tu ne réagis pas du tout… jusqu’à ce que tu exploses pour un rien…
Autorise toi et entraine toi à réagir très vite comme ça te vient, spontanément et honnêtement, en utilisant tout l’éventail des réactions humaines possibles

Ma première réaction qui est venue spontanément était une réaction très violente. Donc, non, je ne m’autorise pas aux premières réactions. Mon but n’est pas de les faire peur ou de les intimider.

Pour le reste, je suis globalement d’accord. Encore plus sur les sanctions réparatrices. C’est exactement ce que j’appelle des renforceurs positifs ou négatifs.

Je ne me suis pas permise de te demander ton âge

J’ai 35 ans, donc, non je ne crois pas que ce soit un facteur important.

Mais à leur niveau et dans ta branche, certains ont un peu passé l’âge de se faire punir

Je n’ai jamais parlé de punir qui que ce soit. J’essaie d’utiliser des renforceurs et non pas des punitions.

et pourquoi pas ?
Etre naturel avec des “grands” élèves permet aussi d’être dans les échanges, dans une certaine limite bien sûr (je ne vais pas te conseiller d’aller au bistrot boire une bière avec eux non plus … mais un café pourquoi pas ? :wink:

Je suis assez naturel je pense, sauf que là je suis en difficulté. Par contre, je ne suis pas son pote. Je n’ai pas envie de le checker comme il peut le faire avec ses potes. Je suis cool, mais je ne voudrais pas qu’on croit que je suis jemenfoutiste.

j’ai même passé quelques après midi chez elle à nous préparer pour des soirées. Cela n’a jamais empêché une fois en cours de travailler pour préparer le Bac comme il se doit.

Je rappelle que je suis un homme. Et si je fais ce genre d’activités hors temps scolaire, je peux filer tout droit en prison sans passer par la case départ.
De plus, en tant que figure d’autorité, je ne peux pas me permettre de l’utiliser afin de remplir mes après-midi. Je prends ce rôle très au sérieux et je sais l’influence que je peux avoir sur mes élèves.

Je comprends que cela te perturbe. Ce n’est pas agréable de se sentir moqué. En as-tu parlé avec l’élève concerné ? Clairement, entre 4 yeux, à la fin d’un cours, tu lui expliques que tu as remarqué qu’il étais très observateur et qu’il t’imitais à la perfection … mais que cela te blesse car tu fais de gros efforts pour éviter ces tics. Tu peux ensuite lui dire que tu préférerais qu’il exerce ses talents sur un autre point de ta personnalité (positif cette fois !) et lui demander en passant ce qu’il attend de ce cour, ce qu’il pourrait faire lui pour tendre vers cet idéal … Engager un échange, quoi.
Et ne pas te braquer s’il ne répond pas, tu lui dis d’y réfléchir et de revenir vers toi plus tard.

C’est très proche de la CNV ce que tu m’indiques. Comme je l’ai dit plus haut, j’ai abandonné la CNV, car cette méthode n’a pas fonctionné. Au contraire, elle s’est même retournée contre moi. Je me sens mieux et plus à l’aise depuis que je l’ai abandonnée.
Donc partager mes émotions avec un adolescent qui va les utiliser avec ses potes pour se moquer de moi et créer une image négative, celle d’une personne soumise, non merci. Je ne peux pas me le permettre, j’ai été trop blessé par le passé avec ce genre de méthode.

tu as le droit d’avoir tes limites. tu les expliques, et sur ça, tu ne lâches rien. Il faut être clair sur ce qui est ou non acceptable. Point. Pas de discussion.

Justement. Comment faire sans punition ? Avec les renforceurs, ok ! Mais lesquels ?

En tout cas merci pour vos messages et vos soutiens. Ainsi que vos appels au courage. Ce message était un poil plus agressif, mais il avait l’intention de dire ce que je suis, et surtout ce que je ne suis pas.


#14

Tu as la réflexion et la capacité d’analyse pour toi. :slight_smile:
Avec les enfants il faut tout faire pour leur faire croire que leur comportement ne nous atteint pas. Surtout ne pas leur laisser penser que ce qu’ils font te blesse, te vexe, etc. On ne devrait jamais créer de lien entre leurs actes et nos émotions.
Et à l’âge de tes élèves, tu peux leur rappeler le rôle que tu es supposé jouer pour eux et qu’ensuite ils s’en servent ou pas. Le résultat dépend d’eux, pas de toi. Tu offres les moyens. C’est leur vie, ils travaillent pour eux. Pas pour te faire plaisir. Et ce qu’ils ne font pas, le temps perdu n’est pas le tien, mais le leur.
Dans ce métier, il faut aussi responsabiliser. Rappeler le rôle de chacun te permettra peut-être de retrouver un climat de classe plus agréable. Tu es le maillon directeur d’une équipe, courage :wink:


#15

Je pense que c’est cela dont j’avais besoin d’entendre.

Tu as raison. Cela participe dans leur autonomie et leur responsabilité. Être disponible quand ils veulent travailler.

Merci pour ce message


#16

Si j’ai bien compris, ils ont passé l’âge de la scolarité obligatoire et certains sont majeurs: que cherchent-ils à obtenir en allant quand même à l’école? Et comment l’obtenir? Cette réflexion peut faire l’objet d’un très court débat à l’issue duquel tu pourras conclure:" la balle est dans votre camp, messieurs, au travail!"
Bon courage!


#17

Pour l’âge des éleves, ils vont de 15 à 18 ans pour les 2ndes, de 17 ans à 22 ans pour les terminales.

Je pense que justement c’est répondre à la question comment l’obtenir ?

Cependant, j’aimerais ne pas venir les mains vides à ce débat et leur proposer des idées. Personnellement, je n’en ai pas beaucoup. Je suis sûr qu’ils en auront, mais j’aimerais leur proposer une structure afin qu’ils puissent construire dessus.

Je pense que mon problème principal est de proposer une structure sur laquelle ils peuvent se construire…

Avez-vous des pistes ?


#18

Bonsoir Manuel, peux-tu t’appuyer sur l’équipe enseignante ?
Tes élèves ont certainement au moins un projet scolaire (l’échéance des examens ou des certifications), peut-être un projet professionnel.
L’équipe de tes collègues (le prof principal ? le chef des travaux ?) devrait pouvoir te fournir la structure de ce qu’il reste à tes élèves à construire durant cette année (je me fais comprendre ?). Que ce soit sous forme de validations à atteindre, d’examens à réussir, de stages à valider, de dossiers à rendre… Peut-être que l’enseignement de ta matière gagnerait du sens à leurs yeux s’il s’inscrivait clairement dans ce cursus ? Ont-ils des outils qui les positionnent clairement dans leurs compétences, dans les entrainements qu’ils doivent explorer, dans les documents qu’ils ont à fournir en fin de scolarité ?
J’ai enseigné 1 an seulement en LP et pour que la place de chaque enseignement soit bien perçue par les jeunes (j’avais en charge maths et français, bien moins glam que plomberie ou cuisine !), tous les adultes (PLP, profs, direction, CPE) valorisaient et s’intéressaient à chaque cours. Nous décloisonnions beaucoup, j’allais en cellule de plomberie pour la géométrie et en cuisine pour les proportions ou la lecture. Nous menions aussi beaucoup de projets interdisciplinaires. Les programmes ont du bien changer depuis mais je pense qu’il reste pas mal d’heures qui peuvent servir à ces activités “éducatives” en plus des heures de cours. Elles créent du sens et du lien. Il faut qu’ils trouvent leur motivation à venir ici chaque semaine, qu’ils se mettent un peu en projet avec toi. ça peut être bien difficile dans des filières parfois plus subies que choisies, c’est là que l’équipe et les projets trans aident.
Bravo pour ta recherche, tes questionnements. Donne-toi aussi du temps et puis donne leur du temps, si tu es en recherche, que tu essaies des choses, pense à leur laisser le temps de te suivre dans tes changements. Ce n’est pas automatique pour eux de trouver et comprendre ton fonctionnement, tes attentes, ton style et leur rôle.
Je me rappelle aussi de la grande lassitude de certains jeunes, presque déjà résigné(e)s à subir la vie comme elle va… Les ré-engager, les re-motiver ne pourra pas se faire seulement dans ton cours, c’est vraiment un travail de toute l’équipe enseignante, et éducative (les miens étaient tous internes en plus, comme tout cela était glauque…).
à petits pas, jamais seul, bonne fin d’année !


#19

Bonjour Manuel
c’est clair que la plupart de tes élèves sont orientés en bac pro par défaut donc ce sont des gamins qui ont un rapport souvent douloureux à l’école et aux apprentissages.
Je pense pour ma part qu’ils ont besoin d’être en réussite : des cours très structurés avec des objectifs et des moyens de les atteindre très explicites. Je te renvoie vers ce site il y a des ressources sur l’enseignement explicite des comportements qui pourrait être très cadrant pour toi : https://www.taalecole.ca/gestion-efficace-comportements/
dans la même veine il a aussi le livre Comme un caméléon sur une jupe écossaise
Enfin sache que le problème ne vient pas de toi de nombreux enseignants sont confrontés à des problèmes de discipline surtout qu’on n’a aucune formation pour nous apprendre à les gérer. Avec l’expérience on apprend à mieux prévenir les problèmes de comportement parce qu’on les prévoit mieux mais n’importe quel enseignant peut se trouver face à des débordements plus ou moins graves de temps à autres.
Un dernier conseil pour la réussite des élèves : commence le cours par une redite de ce qui a été appris lors du dernier cours et les objectifs. A la fin réserve quelques minutes pour que chacun puisse réviser ce qu’il vient d’apprendre. Valorise les réussites par la description de ce qui a été accompli plutôt que par un “bravo très bien” ça permet à l’élève de mieux se rendre compte de ce qu’il a appris et d’être fier de ses efforts au lieu de dépendre de ton jugement.
Si tu sens que tu as envie d’en étrangler un, ménage -toi un temps de pause interne pour prendre du recul ( il vaut mieux penser avant qu’on soit énervé à ce qu’on peut faire dans un tel cas : comme tu n’es pas censé quitter la classe, ça peut être tenir à ta disposition une image que tu aimes particulièrement, un texte que tu peux relire, etc…).
Courage, j’espère que tu vas retrouver le plaisir d’enseigner. Tiens-nous au courant s’il te plaît.


#20

Merci pour vos deux messages que j’ai lus et appliqués au moment de leurs lectures respectives. J’avais besoin de temps afin d’y répondre.

Bonsoir Manuel, peux-tu t’appuyer sur l’équipe enseignante ?

J’ai essayé. Même au point de vue de l’inspecteur pour avoir un peu de conseils. C’est vraiment une bonne équipe d’enseignants, mais dont les méthodes sont punitives. J’essaie d’utiliser des renforceurs positifs/négatifs, mais après discussions avec des spécialistes, ils me disent que les temps d’action sont longs, donc patience. Et comme mes stratégies ne sont pas claires et structurés, autant dire qu’elles manquent d’efficacité.
Quant à l’inspecteur, sa visite a été une blessure pour moi. J’étais assez fermé et très sur la défensive, donc je n’ai pas pris ces considérations en valeur. Ceci étant dit ce qu’il m’a dit est relativement juste, mais tellement loin de mes problèmes. Pour être simple, il a beaucoup critiqué ma pratique, avec un bilan très négatif, avec quelques retours positifs -mais au vu de mon état, ils n’ont eu aucun effet - et ces indications ne m’ont pas paru crédibles.

Tes élèves ont certainement au moins un projet scolaire (l’échéance des examens ou des certifications), peut-être un projet professionnel.

Oui, mais justement, je n’arrive pas à faire sortir l’utilité des mathématiques. Je suis déconnecté de ce projet. Je n’arrive pas à trouver la cohésion dans leur scolarité.

L’équipe de tes collègues (le prof principal ? le chef des travaux ?) devrait pouvoir te fournir la structure de ce qu’il reste à tes élèves à construire durant cette année (je me fais comprendre ?).

Malheureusement, j’ai eu tous les sons de cloche, et tous les conseils m’ont rendu plus confus qu’autre chose. Je me suis centré sur un professeur, dont j’ai essayé de suivre les principes, mais je les trouve très durs, et cela ne me ressemble pas. Quant aux autres, ils m’ont proposé des techniques, mais au vu de leur classe, je n’ai pas l’impression que cela fonctionne.
Par ailleurs, je suis très perdu dans ce que je dois faire, comment le faire. Pourtant je travaille beaucoup pour compenser, mais je dois avouer être à la rue. Le problème c’est que mes défauts ressortent avec violence (manque de structure, de routine, compétences exécutives assez faible), ce qui m’a bloqué dans ma réussite académique, certes, mais pas dans ma vie professionnelle. Mais là je dois avouer je me prends tous ces problèmes en pleine face. C’est un très beau challenge, mais qui finit en agressivité mal contrôlé. J’ai même essayé de m’orienter vers un coach, mais j’ai des difficultés à en trouver qui répondent à mes exigences… C’est le serpent qui se mord la queue, c’est assez absurde finalement.

Peut-être que l’enseignement de ta matière gagnerait du sens à leurs yeux s’il s’inscrivait clairement dans ce cursus ?

J’y essaie. Mais comme je n’arrive pas à créer une dynamique de travail et à donner du sens à mes cours, la plupart de mes efforts ont été voués à l’échec. Ensuite je suis faillible, et par moment, j’abandonne et je vais à la facilité.

Ont-ils des outils qui les positionnent clairement dans leurs compétences, dans les entrainements qu’ils doivent explorer, dans les documents qu’ils ont à fournir en fin de scolarité ?

C’est une très bonne remarque. Plusieurs problèmes se posent. Le premier c’est qu’une grille de compétence ne fait pas sens pour eux au début, mais à la fin d’un travail. La deuxième chose, c’est que je dois tout créer : je ne trouve rien de très précis comme outil de travail. Donc tout ceci est très chronophage. En troisième remarque, j’ai été plongé dans cette classe un peu comme “maintenant, c’est à toi de trouver ton approche”. Sans conseil, ni surveillance. J’ai regardé avec attention mes cours de janvier : j’ai honte de ce que j’ai produit :frowning:

Ceci dit, j’ai quelques victoires à mon actif, avec un ou deux cours que j’avais complètement écrit. J’avais organisé le document professeur, élève et une chronologie de l’heure de cours avec une partie différenciée pour ceux en difficulté. Mais cela demande tellement de temps de préparation !!! Une heure de cours me demande 4 heures au total au minimum. Je pense que je dois être patient…

Il faut qu’ils trouvent leur motivation à venir ici chaque semaine, qu’ils se mettent un peu en projet avec toi.

J’ai surtout l’impression de ne pas voir de progression. D’aller dans le vide, comme des coups dans l’eau. Je crois que c’est ceci le plus frustrant : ne pas avoir de retour ce que je fais. Du coup, je ne sais pas si je suis crédible, s’ils apprennent quelque chose.

Je pense pour ma part qu’ils ont besoin d’être en réussite : des cours très structurés avec des objectifs et des moyens de les atteindre très explicites.

Ce n’est pas du tout les recommandations du rectorat, mais je vais changer ma manière d’enseigner pour ces trois derniers mois en appliquant la pédagogie explicite. Même si elle n’est pas validée, et assez ennuyeuse, elle a le mérité d’être clair et d’être efficace.

https://www.taalecole.ca/gestion-efficace-comportements/4

Merci pour ce très bon site. Les pays anglo-saxons sont aussi pour moi une source d’informations importante. Ils donnent de très bons conseils.

Le plus difficile est de punir les élèves :(, même si se montrer juste est important - je me pose en arbitre dans la classe et non en juge - et de savoir quels comportements doit être punis. On m’a donné des informations écrites quand je suis arrivé, mais il y en avait tellement, et je n’ai pas malheureusement pas un très bon esprit de synthèse.

La dernière chose, c’est que je n’arrive pas à donner de priorités dans les comportements à corriger et quels comportements je dois laisser. Par exemple, les joggings sont interdits dans l’école et je n’y fais jamais attention. Pourtant le directeur adjoint est très attentif. Par respect avec les règles de l’école, j’y fais attention, mais honnêtement… J’ai d’autres chats à fouetter.

commence le cours par une redite de ce qui a été appris lors du dernier cours et les objectifs. A la fin réserve quelques minutes pour que chacun puisse réviser ce qu’il vient d’apprendre.

J’essaie de faire cela, mais je manque de temps.

Valorise les réussites par la description de ce qui a été accompli plutôt que par un “bravo très bien” ça permet à l’élève de mieux se rendre compte de ce qu’il a appris et d’être fier de ses efforts au lieu de dépendre de ton jugement.

Ce sont de bons conseils dont j’en prends note

Si tu sens que tu as envie d’en étrangler un, ménage -toi un temps de pause interne pour prendre du recul

Alors là tu touches un point très important qui est celui de l’inhibition d’un comportement automatique et intuitif face au rapport de force que je me crée avec les élèves.

J’ai grandi dans un environnement assez agressif, où par moment j’étais en mode survie. J’ai l’impression que je dois reprogrammer ma façon d’agir et de réagir. Au quotidien, j’arrive à me tenir, mais dès que je suis dans le conflit, ces comportements reprennent le dessus et je me retrouve dans un visage très colérique, agressif et intimidant. C’est à dire que face à leurs perturbations, le chaos général de la classe, je me retrouve saturé d’informations, je trouve l’atmosphère très agressive Le manque de respect de consigne, leurs attitudes et leurs comportements est loin de mon idéal, et me rappelle ce que j’ai pu vivre étant jeune. Malheureusement, je me suis laissé faire - je n’avais pas forcément la force mentale ou physique pour répliquer - et du coup, j’ai développé une personnalité assez anxieuse.

Du coup, tout ceci me perturbe fortement, j’ai l’impression de faillir à ma tâche, qu’ils ne me respectent pas. Et j’ai peur de me montrer dur, de devenir ce personnage dont j’ai horreur, de tomber dans des colères noires. Du coup, je suis trop laxiste, et la fatigue venant, je n’arrive plus à prendre du recul et à me retenir. Du coup, ma colère me brûle la tête et je sens que je change de visage. C’est simple, à la fin du cours, mon visage est en marqué, et je ressors éreinté de chaque prestation. Tout cela s’ajoute à mon manque de confiance et une faible estime - qui par moment peut se caractériser par son négatif : de la prétention :confused: - et ma difficulté de rester sur une ligne directrice. Tout cela est sûrement dû à un besoin de validation de comportements ou de stratégies positives. J’ai fait tellement d’erreurs dans ma vie. Je dois aussi relativiser, ces élèves n’en sont pas après moi. Ici, c’est moi l’adulte, c’est à moi de proposer un espace sécurisant…

J’ai une certaine immaturité émotionnelle, un probléme de régulation, et je n’arrive pas à m’apprivoiser. Pour cela, j’ai essayé des pauses silence pendant le cours pour me recentrer, mais je n’arrive pas à les respecter. Tout se passait comme si j’atteignais un niveau de fusion la plus totale avec la situation qui se traduit par une médiocrité mentale et je n’arrivais pas à m’en extraire, à me ressaisir, surtout que la fatigue prend le dessus à un moment donné.

En relisant ces lignes, j’ai l’impression que je vais passer pour un monstre, mais je préfère en parler pour justement prendre du recul. Ceci dit, je suis une personne respectable et je ne me suis jamais montré violent envers qui que ce soit.

Mais, c’est vrai que je vis tout cela comme un échec le plus patent. J’ai énormément régressé et diminué dans mes capacités mentales et comportementales.


Pour faire un bilan de ce que j’ai essayé de mettre en place au niveau de la gestion des compétences, du temps, des comportements. Il faudrait aussi que j’apprenne à gérer mon stress.

Gestion des compétences

  • Structure identique à chaque cours
  • Rappel des derniers points du cours ou des pré-requis sans procéder par questionnement
  • Présentation du concept
  • Proposer des objectifs explicites
  • Proposer des cours moins denses
  • Utiliser le modèle concret-imagé-abstrait
  • Proposer une modélisation par le professeur
  • Organiser des exercices
  • Bilan de fin de cours

Gestion du temps

  • Avoir une chronologie à respecter
  • Prévoir les attentes à respecter avant de passer à l’étape suivante
  • Définir un temps d’installation
  • Définir le temps présentation de concept
  • Définir le temps de Modélisation par le professeur
  • Définir le temps de pratique par l’élève
  • Définir le temps de bilan de classe

Gestion de l’espace

  • Prévoir un plan de classe
  • Se déplacer dans la salle
  • Placer les élèves à fort pouvoir perturbateur devant et dans des places inhibitrices
  • Placer les dys- dans les premiers rangs
  • Créer des binômes type tutorat
  • Se placer au fond de la classe quand ils sont au tableau

Gestion du matériel

  • Préparer en avance le support de cours papier et numérique
  • Rester limité dans le nombre de papier à donner pour ne pas surcharger le temps d’installation
  • Prévoir le matériel nécessaire à chaque cours
  • Ramener le matériel pour les élèves absents aux cours précédents
  • Contrôler le matériel des élèves

Gestion de comportement

Renforcer les stratégies préventives

  • S’autoriser à interagir avec eux
  • Définir 3/5 comportements précis à respecter (?)
  • Identifier les comportements à valider au lieu de juger une personne
  • Donner une priorité, un ordre dans ces comportements (??)
  • Revoir les règles et attentes périodiquement
  • Déterminer un plan de classe
  • Superviser constamment les élèves (balayer la classe régulièrement)
  • Circuler dans la classe
  • Déléguer des tâches aux élèves sans condescendance

Renforcer les interventions correctives

  • Définir les écarts de conduites mineures
    ** Réponse par proximité
    ** Réponse par communication non verbale
    ** Ignorer et renforcement indifférenciée
    ** Rediriger l’élève
    ** Isoler l’élève et l’avertir
  • Définir les écarts de conduites majeure
    ** Retirer l’élève de son milieu
    ** Observer le comportement de l’élève si le comportement est permanent
    ** Formuler une hypothèse sur ce que l’élève veut obtenir ou éviter
    ** Ajuster l’intervention en conséquence
    ** Demander de l’aide à un spécialiste

Objectifs personnels

  • Travailler l’esprit de synthèse
  • Structurer et clarifier mes stratégies
  • Se fixer des objectifs à atteindre pour chaque cours
  • Organiser l’espace, le temps et le matériel
  • Organiser des routines
  • Respecter les consignes données aux élèves
  • Identifier les comportements à suivre sur chaque élève
  • Suivre l’évolution des comportements de chaque élève
  • Prendre du recul (???)
  • Relativiser (???)

J’ai toujours beaucoup d’idées que je trouve très intéressantes, mais leur mise en application est très très difficile et demande beaucoup de temps de préparation.

Je voulais vous remercier sincèrement de vos messages qui m’ont permis de réfléchir, de me remettre en cause, d’en faire une synthèse et de déterminer de nouveaux objectifs.