Langue des signes en classe


#1

Bonjour,

J’aimerais avoir vos témoignages quant à votre utilisation (ou non) de la langue des signes en classe. Sans être bilingue en LSF, c’est un apport important pour nous et les enfants que de passer par la gestuelle pour communiquer. Loin de gêner l’apprentissage du langage oral, objectif principal en maternelle, le fait de signer en classe complèterait parfaitement la communication.

Pour l’enseignant déjà, la communication non verbale est essentielle en maternelle. Le masque gène grandement en ce moment, mais bon ! La posture, l’attitude, le ton de la voix, notre emplacement : tout cela peut soit appuyer ou détourner le message que l’on veut faire passer. L’idéal serait de compléter nos postures professionnelles par l’utilisation de gestuelles simples.

De plus, certains jeunes enfants s’expriment encore mal à l’oral, voire pas du tout quand ils arrivent à l’école. Leur communication passe donc naturellement par le geste. On a alors des enfants qui tapent pour exprimer leur désaccord. Apprenons leur plutôt à dire non, à exprimer leur émotion, à communiquer par les gestes.

J’ai vu et testé diverses initiatives en ce sens. La météo des humeurs permet par un signe de la main de communiquer comment on se sent : main levée pour le soleil, main fermée pour l’orage, main tombante pour la pluie. Quelques signes pour les bébés peuvent être réinvestis en classe. D’autres gestes sont inventés avec les enfants : caresse pour dire pardon, main partant du coeur comme signe d’amour, bras croisés pour un refus… Certains clips musicaux sont doublés en langue des signes, on a même des films comme “La famille bélier”.

Professionnellement, je ressens le besoin d’aller plus loin, en cohérence, dans une vrai progression vers un langage signé qui doublerait la communication orale en classe. En appui sur la LSF à laquelle il faudrait que je me forme vraiment. @Eraul pourrais-tu me conseiller ?

Je rêve d’une classe bilingue français / LSF où chacun s’exprimerait à la fois par la parole et par le geste. L’écoute, la bienveillance, l’ironie, la poésie, la clarté du message. Pouvoir parler dans deux langues complémentaires et simultanées serait une sacré richesse.

Et si le monde entier apprenait à signer en deuxième langue, ce serait un sacré outil de communication, plus besoin de traduire ou de passer par l’anglais… Mais là je rêve vraiment. Commençons concrètement par mettre déjà ça en place petit à petit en classe. Communiquez moi vos expériences… ou lançons nous ensemble si vous êtes tentés. Merci pour vos retours.


Idées de projets pour donner du sens aux apprentissages ?
#2

Je suis très intéressée par la langue des signes, que j’ai pratiquée avec mes enfants quand ils étaient bébés. J’essaie de continuer cette pratique en classe, essentiellement avec les comptines et les chansons. Mais c’est vrai que cela pourrait être utilisé lors des échanges verbaux, en particulier pour exprimer les émotions ressenties, et aider les non parleurs à s’exprimer.


#3

Depuis l’année dernière, j’ai une petite sourde moyenne appareillée dans ma classe. J’ai donc décidé pour cette année, d’introduire à chaque période les mots de vocabulaire principalement étudiés dans la période en LSF. Du coup, pour cette période, nous avons commencé par les émotions. Pour le moment, je dirais que c’est sympa. Pour les PS, c’est compliqué. J’ai un élève de GS qui signe sa colère quand il a un problème dans la cour. En dehors de ça, ce n’est pas encore utilisé au quotidien mais on s’entraîne au regroupement et je les ai rajoutés dans la pochette d’images classifiées des émotions. C’est intéressant pour la petite qui se sent valorisée parce que c’est évident pour elle.


#4

Bonjour,
Il y a deux ans, j ai accueilli dans ma classe un enfant porteur de trisomie mozaïque. Cette enfant avait besoin d un langage signé pour mieux comprendre les consignes même si lui ne signait jamais. J ai donc appris énormément de mots dans le langage sésame (une langue des signes simplifiée ).
Je me suis vite rendue compte que cela aidait beaucoup les enfants qui ne parlait pas français.
Aujourd’hui j emploi ces signes pour les consignes mais également pour exprimer mes émotion. Il arrive que des enfants les reproduisent mais ce n est pas ce que je recherche :wink:.
Il est vrai que je signe beaucoup plus avec les enfants qui ne comprennent pas le français. C est vraiment une aide à la compréhension car les gestes sont généralement très explicite.


#5

Ça y est ! Je me suis lancé dans ma classe. Après une auto-formation intensive ces dernières semaines, je me sens assez à l’aise pour signer en classe. Pas de façon courante, mais en préparant mes interventions pour le lendemain sur des thèmes utiles de la vie scolaire : gérer des conflits, exprimer ses émotions, donner des consignes, féliciter un enfant… Voici un exemple de vidéo utile pour la classe. Les comptines signées sont un excellent moyen d’aborder la LSF. Nous essayons aussi de trouver des petits surnoms signés pour chacun des élèves et adultes de la classe, comme le font les sourds ; les enfants apprécient ces petites attentions personnelles.

La langue des signes prolonge l’utilisation des signes phonétiques de Borel Maisonny que j’utilise en classe de façon courante depuis des années maintenant. Cela enrichit vraiment le travail signé sur les sons avec la distinction qui peut être fait entre le son entendu et les lettres de l’alphabet. La richesse est aussi en grammaire, la structuration est différente des phrases en langage signé. On pose d’abord le décor, puis les personnages, les actions, puis les conséquences. Les mots questions sont placés en fin de phrase. Tout est très logique et expressif. C’est une gymnastique de l’esprit qui ne peut qu’être bénéfique à la structuration des phrases des jeunes enfants.

Le but est petit à petit de doubler en langue des signes toute prise de parole en classe pour arriver à une classe bilingue effective, que les enfants s’approprient ce mode de communication complémentaire à la parole. Loin de freiner l’apprentissage de la langue orale, je l’utilise pour introduire du nouveau vocabulaire. On a vu par exemple le terme enthousiaste avec le petit bonhomme qui saute sur la paume de la main, les enfants ont tous bien retenu ce nouveau mot ! :grinning:


#6

Pas très loin de chez toi il me semble (Drôme /Isère) il t’a un centre régional d’accueil pour les enfants sourds. Il y travaille une jeune femme psychologue qui intervenait par plaisir dans la crèche de mon fils et apprenait aux enfants à signer. Je te recommandé de la contacter car elle est moult sympathique et de jeter un œil sur le livre qu’elle a fait avc un collègue inspirée de la la pédagogie Montessori.


#7

Merci pour ton message. La LSF va bien plus loin tu l’as compris que le simple alphabet, que j’utilise peu, car je travaille principalement les sons en maternelle, avec le codage Borel-Maisonny.

Je dois profiter de cet été pour me perfectionner en LSF. Ce que je trouve par Internet est soit trop simple (la langue des signes pour bébés), soit trop compliqué (des doublages direct en LSF). Il me manque de la pratique directe avec de vrais locuteurs.


#8

Bonjour. Je me tiens à l’utilisation de la LSF en classe depuis un an déjà, et c’est très plaisant. Les enfants adoptent les gestes avec naturel. L’attention est captée, les échanges sont réguliers en regroupement, beaucoup de comptines et de petits rituels. On commence une utilisation de classe plus courantes, comme quand ils me demandent les couleurs souhaitées en peinture. Mais je n’ai pas encore assez de maîtrise pour oser mener des conversations courantes avec les élèves.

Je dois avant tout pratiquer avec des personnes qui signent. Je viens d’avoir un contact localement (coucou Laëtitia), j’espère pouvoir m’améliorer rapidement pour une classe bilingue. Je ne me fais aucun soucis quant aux capacités d’apprentissage des élèves.


#9

Ça y est. Je me lance pour de bon avec une intervenante en LSF.
Car sans formation j’avais atteint mes limites. Bien que polyvalents, nous ne maîtrisons pas tout. Je ne signe pas correctement, et j’avais tendance à tourner en rond. C’est un beau projet qui commence. :crossed_fingers:

Extraits du projet péda

Diagnostic
Nous utilisons les gestes dans la classe depuis des années comme support de langage et d’apprentissage. Les gestes de Borel Maisonny codent pour les sons en phonologie, il sont travaillés dès la maternelle en lien avec le collègue de GS CP. La langue des signes pour les bébés est utilisée par les structures d’accueil petite enfance MAM et périscolaire Tribu. Ils sont repris en classe en complément pour les messages clairs, gestion des conflits en CNV. De même pour les chansons et comptines, et des rituels et consignes de classe.
Nous voulons approfondir cette découverte par un véritable apprentissage de la Langue des Signes Française, en tant que langue et culture à part entière. J’ai besoin pour cela de l’expertise d’un intervenant. Ce de façon adaptée à des élèves de maternelle, par des mises en situation, avec un prolongement vers l’expression corporel, la danse et le geste.

Programmes
"Éveil à la diversité linguistique
À partir de la moyenne section, ils vont découvrir l’existence de langues, parfois très différentes de celles qu’ils connaissent. Dans des situations ludiques (jeux, comptines…) ou auxquelles ils peuvent donner du sens (DVD d’histoires connues par exemple), ils prennent conscience que la communication peut passer par d’autres langues que le français : par exemple les langues régionales, les langues étrangères et la langue des signes française (LSF). Les ambitions sont modestes, mais les essais que les enfants sont amenés à faire, notamment pour répéter certains éléments, doivent être conduits avec une certaine rigueur. "

Objectifs
L’objectif du langage en maternelle est de préciser le vocabulaire utilisé à l’oral, de bien prononcer chaque son des mots, et d’utiliser des phrases construites syntaxiquement correctes. On visera également ces mêmes objectifs en langage signé :
Affiner le lexique. Différencier par exemple des émotions proches comme vexé et frustré, déçu et jaloux, enthousiaste et impatient. S’aider de périphrases et d’exemples.
Signer des gestes précis. Travail de motricité fine et de repérage corporel.
Construire la syntaxe. L’approche particulière en LSF change l’ordre des mots en les scénarisant. Construire des enchaînement de signes pour expliquer ou raconter des histoires, puis faire de même à l’oral.
Les enfants aiment les mots compliqués, on poussera donc un peu dans ce sens, sans perdre les élèves, en répétant et en jouant les signes en vraies situations de communication.

Séance 1. Les animaux
Mise en place d’une première séance avec l’intervenante.
Se présenter. Faire connaissance. Découvrir une personne qui s’exprime uniquement en Langue des Signes.
Caler les rituels, les consignes, le déroulé, l’enchaînement des activités.
Réactivation par les élèves du lexique des animaux, qu’ils connaissent en partie. Repréciser les signes. Apprendre de nouveaux signes.
Stimuler la curiosité et l’envie d’apprendre.

  1. Histoire signée par l’intervenante. Puis lue par le maître. Puis racontée par les enfants avec les illustrations.
  2. Se présenter. Dialogue avec l’intervenante qui s’exprime par signe.
  3. Comptines. Reprendre les comptines connues avec précision des signes.
  4. Vocabulaire. Leçon avec support visuel.
  5. Jeux. Devinette des animaux. Figurines.
  6. Activité. Tapis de jeu du zoo.
  7. Expression corporelle. Mimer des animaux, musique.
  8. Vie de classe. Toilettes, vestiaire, cahiers. Avec l’intervenante.
  9. Bilan. Vocabulaire appris.