Permaculture scolaire


#81

De beaux moments de gratitude :grinning:
J’ai repris ton idée des BRAVOS et des MERCI, en plus de mes J’AIME. Cela complète bien les petits moments rituels en fin de demi-journée. Je les signale avec les gestes correspondants en langue des signes. On profite des ces moments pour reprendre des petits rituels de phonologie, des comptines, blagues, témoignages, présenter ce que chacun veut présenter, ou le travail distribué qu’il va rapporter chez lui.


#82

Progresser

Pour avancer, les élèves ont besoin d’ancrage. En escalade, il faut au moins deux ou trois prises de confiance avant d’oser lâcher une main et s’aventurer vers une nouvelle plus en hauteur. Si l’on reste collé à la paroi, sans recul sur la voie déjà parcourue, ni sur les prises qui s’offrent à nous pour progresser, on va se tétaniser et ne plus progresser dans l’ascension, telle une moule rivée au rocher. La confiance dans les prises existantes et à venir est également primordiale. On n’osera jamais s’avancer si le doute s’installe sur la fiabilité des prises qui s’offrent à nous, et notre capacité à s’y maintenir. La capacité des élèves à progresser est liée à la confiance qu’ils accordent dans leur capacité à lâcher ce qu’ils maîtrisent déjà pour aller vers un apprentissage nouveau.

C’est une pratique qui se travaille, pour prendre confiance en ses capacités, en regardant le chemin parcouru et évaluer les voies qui s’offrent à nous. Les activités libres et autonomes permettent cette approche responsabilisant et sécurisant chaque élèves dans ses choix et ses progressions individuelles.


#83

Intro

Je suis arrivé dans le métier d’instituteur sur une intuition, un coup de sang, suite à une rupture, voulant quitter le monde stérile de la recherche. Cela fait plus de vingt ans, et je ne le regrette pas.

Accompagner un groupe classe dans les apprentissages, les découvertes, les projets, le vivre ensemble. Quelle gageure, chaque année renouvelée. Attentif à chacun, créer des conditions pour stimuler la curiosité naturelle des enfants, leurs besoins de communiquer, leur émancipation.

On marche sur un fil, on tâtonne beaucoup dans ce métier, humblement. La formation initiale est sommaire, les échanges avec les collègues basiques, on apprend surtout de ses propres expériences.

On reproduit également beaucoup de stéréotypes, ceux dont on a hérité de notre propre enfance à l’école. J’ai eu la chance, je m’en rend compte après coup, d’avoir passé ma scolarité avec M et Mme Gangloff, un couple d’instits dévoués, qui mettaient en pratique en pionniers la pédagogie active naturelle de Freinet, dans une petite école de deux classe à la campagne.

J’ai souvenir avec eux d’être régulièrement sorti observer les orchidées (M Gangloff en était passionné et spécialiste), mais aussi des sorties spontanées, au passage des cigognes, par beau temps ou sous la neige. Je me rappelle aussi du petit journal que l’on éditait, avec les grands casier de l’imprimerie où étaient soigneusement rangées chaque lettres en plomb, le linoléum que l’on gravait à la gouge, la presse et les rouleaux encreurs.

C’est ce qui m’a conduit à reproduire spontanément cette pédagogie originale dès le début de ma carrière, avec plus ou moins de succès car je n’y étais pas formé. Alors que la plupart des collègues qui la mettent en place y sont arrivés sur le tard, progressivement. Freinet a beau avoir exercé il y a plus d’un demi siècle, son approche reste révolutionnaire si on l’applique pleinement.

La grande majorité des enseignants ont une approche plus classique de la conduite de classe. Mais nous bidouillons tous avec nos conceptions du métiers, les programmes, et les moyens du bord. Je ne connais que des enseignants pleinement engagés dans leur métier. Les élèves nous y obligent, on ne triche pas avec les enfants.

J’ai tâtonne moi aussi dans ma pratique, partant de mes souvenirs d’enfance, mettant en pratique consciencieusement aussi les préparations de séances apprises à l’IUFM.

Puis, confronté pendant trois ans à des effectifs de maternelle frisant les quarante élèves, je me suis engouffré dans l’approche inspirée de Montessori suite à la lecture du livre de Céline Alvarez « Les lois naturelles de l’enfant» (merci Emilie). Et j’ai mis en place un fonctionnement de classe en activités libres autonomes, ce qui nous a permis mon assistante maternelle Nicole et moi de travailler plus sereinement dans une classe surchargée. Ceci a d’ailleurs suscité l’incompréhension de collègues alors non familiers de cette approche, où les enfants gèrent librement leur temps et choisissent leurs activités.

Depuis, revenu à des effectifs plus raisonnables, toujours en maternelle, avec Christel comme assistante, je continue d’adapter et de réfléchir à mes pratiques. Je partage dans ce livre étape l’état de mes réflexions en pédagogie, cet art délicat et un peu magique de mener tous les élèves d’une même classe vers des apprentissages scolaires. Alors que l’on pourrait penser à juste titre qu’un groupe d’enfants lâchés entre eux aurait plutôt spontanément envie de jouer et chahuter.

J’ai choisi le cadre de la permaculture pour structurer un tant soit peu mes pensées éparses. Pour ceux qui ne connaissent de ce cadre de réflexion que ses applications en jardinage, je conseille vivement la lecture du livre de David Holmgren, chercheur australien cofondateur du concept, intitulé « Permaculture ». Longtemps réservé au monde anglophone, il est depuis dix ans traduit en français, aux éditions L’écopoche. Il ouvre de nombreuses pistes de réflexion en écologie, mais aussi en dynamique des groupes humains, ce que l’on qualifie de permaculture humaine.

J’ouvre donc le champs de la permaculture scolaire. On pourrait s’amuser à la définir ainsi : l’art de concevoir un fonctionnement de classe qui soit à la fois souple, résilient, et clair dans ses objectifs ; avec un minimum de dépense d’énergie, et un maximum de production de savoir. Comment s’adapter au conditions changeantes d’une classe tout en gardant le cap, garantir des conditions propice à l’émancipation et à l’autonomie, favoriser le travail et des apprentissages foisonnants, simuler la motivation et le plaisir de bien faire.

Cette approche s’intègre dans le champs plus large de l’éducation positive. Comment, dans un contexte scolaire, appréhender cette pratique bienveillante, l’écoute et la communication non violente, le respect des différences ? Repenser l’école sur le temps long, y préserver les enfants des injonctions contradictoires sociétales, leur garantir un espace à eux pour grandir. Leur donner aussi des pistes pour s’ouvrir au monde et appréhender les bouleversements à venir, développer leur indépendance, leur esprit critique, leur sens pratique.

Je partirai du cadre théorique inspiré des grands principes qui guident la permaculture. Émaillé de nombreuses réflexions et exemples inspirés de mes pratiques de classe. Je prolongerai cette approche pédagogique générale par des situations de mise en place concrètes dans ma classe maternelle multiniveaux, en pédagogie active.


#84

Je lance un appel à celles et ceux qui aurait l’envie et le courage de m’aider. J’écris depuis quelques années un ouvrage intitulé permaculture scolaire. Le texte reprend en partie les posts qui j’ai rédigé dans ce forum, dans ce fil de discussion et dans d’autres sujets. La parution est prévue d’ici la fin de l’année. Je suis en phase de relecture et de mise en forme.

Vos avis seront les bienvenus. Tant sur le fond que sur la forme. Je suis attentif en particulier à la fluidité et la clarté du propos. N’hésitez pas à me signaler les passages qui vous poseraient des soucis de compréhension. Certaines choses sont plus faciles à déceler lors d’une première lecture, avec un oeil extérieur.

Si vous êtes motivés pour une relecture attentive, je vous partage le document texte que vous pourrez corriger et commenter en travail collaboratif (ouvrez GoogleDoc en cliquant sur le lien ci-dessus, sélectionnez le passage à commenter, puis utiliser le menu qui s’affiche à droite). Merci à tous pour votre soutien et vos contributions.


#85

Merci Agnès pour cette première relecture et tes remarques, qui m’ont permis de clarifier et développer de nombreux passages. La rédaction avance bien, la première partie est presque complète, mais il reste beaucoup à faire. Plusieurs mois de travail actif encore, j’y consacre quelques heures par jour quand je peux. Vos suggestions sont les bienvenues :slight_smile:


#86

C’est avec plaisir que je lirai attentivement ton texte mais le temps me manque un peu ces temps-ci. As-tu un délai à respecter? J’essaie de m’y mettre pendant le pont de l’ascension.


#87

Merci. Le seul délai est celui que je me donne. Je ne me cache pas l’énormité de la tâche qui reste. J’ai de la matière, des réflexions que j’accumule dans ce forum depuis quelques années, mais cela ne suffit pas. Lier les parties entre elles, structurer le plan, les intros, conclusions, compléter les passages à développer, dérouler la pensée dans une direction claire, éviter les redites, ne pas trop aborder en première partie des passages qui seront détaillés par la suite, tout en agrémentant de témoignages pratiques… C’est stimulant, et ça avance bien. Je n’en suis cependant qu’à peaufiner la première partie, de l’enfant à l’école. Il restera à développer les principes théoriques de la permaculture, puis les parties pratiques de conduites et de projets de classe. Bref, je lirai tes commentaires avec plaisir, cela me sera d’une grande aide. Le pont de l’Ascension c’est bien. :grinning: