Permaculture scolaire


#81

De beaux moments de gratitude :grinning:
J’ai repris ton idée des BRAVOS et des MERCI, en plus de mes J’AIME. Cela complète bien les petits moments rituels en fin de demi-journée. Je les signale avec les gestes correspondants en langue des signes. On profite des ces moments pour reprendre des petits rituels de phonologie, des comptines, blagues, témoignages, présenter ce que chacun veut présenter, ou le travail distribué qu’il va rapporter chez lui.


#82

Progresser

Pour avancer, les élèves ont besoin d’ancrage. En escalade, il faut au moins deux ou trois prises de confiance avant d’oser lâcher une main et s’aventurer vers une nouvelle plus en hauteur. Si l’on reste collé à la paroi, sans recul sur la voie déjà parcourue, ni sur les prises qui s’offrent à nous pour progresser, on va se tétaniser et ne plus progresser dans l’ascension, telle une moule rivée au rocher. La confiance dans les prises existantes et à venir est également primordiale. On n’osera jamais s’avancer si le doute s’installe sur la fiabilité des prises qui s’offrent à nous, et notre capacité à s’y maintenir. La capacité des élèves à progresser est liée à la confiance qu’ils accordent dans leur capacité à lâcher ce qu’ils maîtrisent déjà pour aller vers un apprentissage nouveau.

C’est une pratique qui se travaille, pour prendre confiance en ses capacités, en regardant le chemin parcouru et évaluer les voies qui s’offrent à nous. Les activités libres et autonomes permettent cette approche responsabilisant et sécurisant chaque élèves dans ses choix et ses progressions individuelles.


#83

Intro

Je suis arrivé dans le métier d’instituteur sur une intuition, un coup de sang, suite à une rupture, voulant quitter le monde stérile de la recherche. Cela fait plus de vingt ans, et je ne le regrette pas.

Accompagner un groupe classe dans les apprentissages, les découvertes, les projets, le vivre ensemble. Quelle gageure, chaque année renouvelée. Attentif à chacun, créer des conditions pour stimuler la curiosité naturelle des enfants, leurs besoins de communiquer, leur émancipation.

On marche sur un fil, on tâtonne beaucoup dans ce métier, humblement. La formation initiale est sommaire, les échanges avec les collègues basiques, on apprend surtout de ses propres expériences.

On reproduit également beaucoup de stéréotypes, ceux dont on a hérité de notre propre enfance à l’école. J’ai eu la chance, je m’en rend compte après coup, d’avoir passé ma scolarité avec M et Mme Gangloff, un couple d’instits dévoués, qui mettaient en pratique en pionniers la pédagogie active naturelle de Freinet, dans une petite école de deux classe à la campagne.

J’ai souvenir avec eux d’être régulièrement sorti observer les orchidées (M Gangloff en était passionné et spécialiste), mais aussi des sorties spontanées, au passage des cigognes, par beau temps ou sous la neige. Je me rappelle aussi du petit journal que l’on éditait, avec les grands casier de l’imprimerie où étaient soigneusement rangées chaque lettres en plomb, le linoléum que l’on gravait à la gouge, la presse et les rouleaux encreurs.

C’est ce qui m’a conduit à reproduire spontanément cette pédagogie originale dès le début de ma carrière, avec plus ou moins de succès car je n’y étais pas formé. Alors que la plupart des collègues qui la mettent en place y sont arrivés sur le tard, progressivement. Freinet a beau avoir exercé il y a plus d’un demi siècle, son approche reste révolutionnaire si on l’applique pleinement.

La grande majorité des enseignants ont une approche plus classique de la conduite de classe. Mais nous bidouillons tous avec nos conceptions du métiers, les programmes, et les moyens du bord. Je ne connais que des enseignants pleinement engagés dans leur métier. Les élèves nous y obligent, on ne triche pas avec les enfants.

J’ai tâtonne moi aussi dans ma pratique, partant de mes souvenirs d’enfance, mettant en pratique consciencieusement aussi les préparations de séances apprises à l’IUFM.

Puis, confronté pendant trois ans à des effectifs de maternelle frisant les quarante élèves, je me suis engouffré dans l’approche inspirée de Montessori suite à la lecture du livre de Céline Alvarez « Les lois naturelles de l’enfant» (merci Emilie). Et j’ai mis en place un fonctionnement de classe en activités libres autonomes, ce qui nous a permis mon assistante maternelle Nicole et moi de travailler plus sereinement dans une classe surchargée. Ceci a d’ailleurs suscité l’incompréhension de collègues alors non familiers de cette approche, où les enfants gèrent librement leur temps et choisissent leurs activités.

Depuis, revenu à des effectifs plus raisonnables, toujours en maternelle, avec Christel comme assistante, je continue d’adapter et de réfléchir à mes pratiques. Je partage dans ce livre étape l’état de mes réflexions en pédagogie, cet art délicat et un peu magique de mener tous les élèves d’une même classe vers des apprentissages scolaires. Alors que l’on pourrait penser à juste titre qu’un groupe d’enfants lâchés entre eux aurait plutôt spontanément envie de jouer et chahuter.

J’ai choisi le cadre de la permaculture pour structurer un tant soit peu mes pensées éparses. Pour ceux qui ne connaissent de ce cadre de réflexion que ses applications en jardinage, je conseille vivement la lecture du livre de David Holmgren, chercheur australien cofondateur du concept, intitulé « Permaculture ». Longtemps réservé au monde anglophone, il est depuis dix ans traduit en français, aux éditions L’écopoche. Il ouvre de nombreuses pistes de réflexion en écologie, mais aussi en dynamique des groupes humains, ce que l’on qualifie de permaculture humaine.

J’ouvre donc le champs de la permaculture scolaire. On pourrait s’amuser à la définir ainsi : l’art de concevoir un fonctionnement de classe qui soit à la fois souple, résilient, et clair dans ses objectifs ; avec un minimum de dépense d’énergie, et un maximum de production de savoir. Comment s’adapter au conditions changeantes d’une classe tout en gardant le cap, garantir des conditions propice à l’émancipation et à l’autonomie, favoriser le travail et des apprentissages foisonnants, simuler la motivation et le plaisir de bien faire.

Cette approche s’intègre dans le champs plus large de l’éducation positive. Comment, dans un contexte scolaire, appréhender cette pratique bienveillante, l’écoute et la communication non violente, le respect des différences ? Repenser l’école sur le temps long, y préserver les enfants des injonctions contradictoires sociétales, leur garantir un espace à eux pour grandir. Leur donner aussi des pistes pour s’ouvrir au monde et appréhender les bouleversements à venir, développer leur indépendance, leur esprit critique, leur sens pratique.

Je partirai du cadre théorique inspiré des grands principes qui guident la permaculture. Émaillé de nombreuses réflexions et exemples inspirés de mes pratiques de classe. Je prolongerai cette approche pédagogique générale par des situations de mise en place concrètes dans ma classe maternelle multiniveaux, en pédagogie active.


#84

Je lance un appel à celles et ceux qui aurait l’envie et le courage de m’aider. J’écris depuis quelques années un ouvrage intitulé permaculture scolaire. Le texte reprend en partie les posts qui j’ai rédigé dans ce forum, dans ce fil de discussion et dans d’autres sujets. La parution est prévue d’ici la fin de l’année. Je suis en phase de relecture et de mise en forme.

Vos avis seront les bienvenus. Tant sur le fond que sur la forme. Je suis attentif en particulier à la fluidité et la clarté du propos. N’hésitez pas à me signaler les passages qui vous poseraient des soucis de compréhension. Certaines choses sont plus faciles à déceler lors d’une première lecture, avec un oeil extérieur.

Si vous êtes motivés pour une relecture attentive, je vous partage le document texte que vous pourrez corriger et commenter en travail collaboratif (ouvrez GoogleDoc en cliquant sur le lien ci-dessus, sélectionnez le passage à commenter, puis utiliser le menu qui s’affiche à droite). Merci à tous pour votre soutien et vos contributions.


#85

Merci Agnès pour cette première relecture et tes remarques, qui m’ont permis de clarifier et développer de nombreux passages. La rédaction avance bien, la première partie est presque complète, mais il reste beaucoup à faire. Plusieurs mois de travail actif encore, j’y consacre quelques heures par jour quand je peux. Vos suggestions sont les bienvenues :slight_smile:


#86

C’est avec plaisir que je lirai attentivement ton texte mais le temps me manque un peu ces temps-ci. As-tu un délai à respecter? J’essaie de m’y mettre pendant le pont de l’ascension.


#87

Merci. Le seul délai est celui que je me donne. Je ne me cache pas l’énormité de la tâche qui reste. J’ai de la matière, des réflexions que j’accumule dans ce forum depuis quelques années, mais cela ne suffit pas. Lier les parties entre elles, structurer le plan, les intros, conclusions, compléter les passages à développer, dérouler la pensée dans une direction claire, éviter les redites, ne pas trop aborder en première partie des passages qui seront détaillés par la suite, tout en agrémentant de témoignages pratiques… C’est stimulant, et ça avance bien. Je n’en suis cependant qu’à peaufiner la première partie, de l’enfant à l’école. Il restera à développer les principes théoriques de la permaculture, puis les parties pratiques de conduites et de projets de classe. Bref, je lirai tes commentaires avec plaisir, cela me sera d’une grande aide. Le pont de l’Ascension c’est bien. :grinning:


#88

Bonjour,

Comme je l’ai dit, je cherche des personnes de confiance motivées pour une relecture bienveillante et avisée du livre de pédagogie que je finis de rédiger cette année. Je collecte des témoignages pour illustrer mon propos. Et j’accueille avec plaisir les idées, questions, remarques, de façon à étoffer cette réflexion personnelle. Par des éclairages divers et variés, le travail deviens un peu collaboratif. Merci à vous d’y contribuer pour enrichir et clarifier le texte, si vous en avez le temps et l’envie.

Merci à Marjorie et Agnès, qui ont beaucoup contribué à faire avancer les réflexions par leurs commentaires ciblés et pertinents.

Ce post pour signaler que j’'ai rendu caduque le lien publique précédent. J’avais trop de connections intempestives de moteurs de recherches automatiques qui se connectaient en anonymes. Il faudra donc me contacter en message privé pour accéder au document. A bientôt.


#89

Je viens d’achever un nouveau chapitre important, d’une trentaine de pages, sur l’enseignement des maths et du français. Je vous en livre quelques extrait. Le reste sur le document est en ligne, me demander l’accès si vous le souhaitez. A bientôt.

Concepts

L’apprentissage de notions difficiles peut se faire simplement en partant de la base. Centrons les apprentissages fondamentaux sur les concepts essentiels qui définissent le domaine d’apprentissage. Souvent les complications viennent d’une méconnaissance des pédagogues qui n’ont pas le recul nécessaire pour aborder une notion dans toute la simplicité qui la définit. Avez-vous déjà remarqué avec quel talent certains scientifiques, vulgarisateurs de renom, peuvent vous faire entrevoir des notions extrêmement complexes avec des mots simples, d’une si grande fluidité qu’on a l’impression d’avoir tout compris ?!

La résolution de problèmes courants en mathématiques posent souvent de gros soucis de compréhension de l’énoncé aux élèves en difficultés, qui peinent à le transcrire en termes mathématiques. Mais ne nous trompons nous pas complètement dans notre démarche ? Faisons nous vraiment des maths ? Posons nous la question : comment un mathématicien chevronné présenterai à des enfants un problème du point de vue de sa discipline. Les mots courants n’ont pas cours en maths, les chercheurs manient des concepts précis, cohérents entre eux, mais sans rapport direct avec les expressions du quotidien. Nous perdons peut-être les élèves à vouloir trop enrober un apprentissage simple avec des mises en situations qui les perturbent. Comment revenir à l’essentiel ?

Apprendre à lire est un apprentissage central à l’école, prioritaire en classe de CP. C’est difficile pour certains élèves en difficulté, qui restent mauvais lecteurs parfois jusqu’au collège. Comment y remédier ? La langue française est compliquée, lourde d’un héritage séculaire qui fait toute sa richesse. Mais ne sommes nous pas maladroits dans notre démarche à vouloir suivre des manuels qui cherche à être complets, mais oublient les concepts de base de la langue ? Comment aborder l’écrit dès la maternelle ? Qu’est-ce qui est fondamental ?

A travers ces deux exemples emblématiques, je vais tenter de renverser la vision de ces deux enseignements disciplinaires tels qu’ils peuvent être abordés à l’école. Ce n’est pas une révolution, mais un renversement quand même des pratiques. Plutôt que de diversifier les approches détournées pour approcher ces matières fondamentales, je fais le choix inverse, qui semble logique, de partir des concepts disciplinaires épurés de bases, par la manipulation de matériel simple dédié spécifique. Pour ensuite ouvrir le champ des possibles par l’imaginaire.

Maths

Un problème de recherche mathématiques s’énonce avant tout en termes mathématiques. J’adopte donc une position inverse à celle proposée dans la plupart des fichiers. Le problème est posé en terme numérique, avec le matériel dédié pour manipuler. Un problème de réunion sera donc une manipulation de billes pour assembler deux quantités. De même pour un problème de soustraction, de complément, de partage. Ensuite, on peut stimuler l’imaginaire des enfants pour réinvestir le problème qu’il maîtrise dans une situation concrète. Les billes peuvent devenir des fleurs que l’on cueille, des moutons que l’on compte, ou des enfants qui se rangent. Mais cette étape arrive dans un deuxième temps.

… Le travail des quantités se fait alors de façon poussée en décomposant tout jusqu’à cinq. Ce qui n’empêche pas les élèves de manier des grands nombres, mais en réalisant des petits dessins avec des quantités de billes (unités) ne dépassant pas 5. Les petits dessins de cinq sont en plus rigolos à construire, ils aiment bien faire les petites maisons avec un carré de quatre bille surmontée d’une bille en équilibre pour le toit. Ou bien la constellation comme sur le dé. On peut ranger également les billes une par une en un grand serpent. Ou bien en rang deux par deux. Les petits triangles de trois sont agréables également à disposer. Pour les dessins de quatre, les enfants les disposent en petits carrés, ou bien surmontent un petit triangle de trois d’une bille en équilibre qui forme le sommet d’une petite pyramide.

Langage écrit

Le concept de base de la langue française est le codage des unités de sons - les phonèmes - par des groupements de lettres - les graphèmes - auxquelles s’ajoutent diverses lettres idéographiques, ne codant pas pour des sons, marqueurs grammaticaux ou lexicaux étymologiques. Le travail phonologique est donc primordial.

Conjointement, les élèves vont être confrontés à des mots de références qu’ils vont apprendre à prononcer et à orthographier. L’accès à ces mots repères est donc à penser dans une classe, qui certes regorge d’écrits, mais pas toujours pensés spécifiquement pour être lisibles en autonomie par les enfants.

Les enfants pétillent d’intelligence, ils sont tout à fait aptes à faire face à la difficulté de la langue française, en particulier à l’écrit. Si tant est qu’on leur fournisse des outils ciblés et structurés pour aborder pas à pas les concepts de bases, à commencer par les sons. Et des albums qu’ils adorent et connaissent par cœur !

En maternelle, on part du son, bien avant d’aborder les lettres qui les codent. Un long travail préparatoire en phonologie, répété quotidiennement, est nécessaire pour créer une matière commune. Concrètement, on va jouer sur les phonèmes pour créer des syllabes rigolotes, les élèves adorent. C’est mon rituel de déplacement quotidien pendant tout le premier trimestre.

Quel plaisir de savoir écrire tout seul PAPA, ou même les mots rigolos PIPI et POPO. Et MAMA, MIMI, MOMO. MAMAN introduit les sons nasaux, on signe avec la paume de la main penchée comme le A mais en touchant son nez. De même pour le ON qui se signe en arrondissant ses doigts, et en touchant le nez. On sent la vibration de l’air dans le nez pour ces sons.

La motivation est primordiale, mais il faudra également leur fournir les outils conceptuels de base précis. Sans les perdre dans des détails. Leur prénom, les premiers sons et mots rigolos. Ils écrivent en capitale en autonomie grâce à un matériel dédié, simple. Des livres et des écrits de références qu’ils pourront lire tout seuls. C’est tout, le reste suivra. Progressivement, sans leur mettre de frein.


#90

Les parties sur l’enfant et la famille sont également achevées. Je vous livre également quelques courts extraits (il y a une trentaine de pages). Me demander le lien en MP pour consulter et participer à enrichir le document complet. A bientôt. Bon été.

L’enfant

En classe, la zone 0 est le domaine de l’intimité de chacun des élèves, sa personne physique et émotionnelle. Chaque élève est une petite personne en devenir, avec ses particularités, son histoire, son tempérament à fleur de peau. C’est avec un plaisir chaque année renouvelé que j’accueille les tout petits dans la classe. C’est toujours un émerveillement. J’adore, sous la timidité apparente des premiers jours, découvrir leurs petits caractères bien trempés, qui vont vite s’exprimer.

Les enfants sont fiers de gagner en autonomie. Il n’y a pas d’activité simple car je place un enjeu pour chaque matériel, même pour un jeu qui pourrait à priori paraître très basique. Les élèves sentent que leur travail est valorisé, qu’ils sont à l’école pour travailler et apprendre, et qu’il y a toujours des progrès à faire en s’entraînant. Les petits découvrent à leur niveau les activités des grands. Et les grands reprennent avec plaisir et application les activités des petits, avec exigence.

La personnalité de chacun est un point essentiel qui différencie chaque classe. Chaque enseignant fera ses propres choix en fonction de sa sensibilité, mais il devra également veiller à s’adapter à la diversité de ses élèves. Les années ne se ressemblent jamais car les élèves ne sont plus les mêmes. Il faut sans cesse s’adapter. L’approche permaculturelle donne une cadre pour garder le cap tout en souplesse.

La famille
La zone 5 est en fait la plus importante, c’est la famille. Mais aussi la garderie, la nounou, chez papi mamie, en dehors de l’école, là où l’enfant passe la majeure partie de son temps. Le temps des vacances, des WE, le soir. Chacun vit des histoires familiales variées. Chaque rentrée à l’école est une rupture, l’enfant quittant le nid familial pour un espace de travail à plusieurs. C’est fatiguant, cela demande de la concentration et de l’attention aux autres. Et une grande relation de confiance qui se construit dans la durée avec les enfants et leur famille.

Adopter des postures d’élèves qui demandent un apprentissage, des règles strictes. Laisser son affect de côté pour des relations basées sur le langage verbal en classe. Être un enfant parmi une vingtaine d’autres autour d’un ou deux adultes référents. Tout le contraire de la famille ! La rupture est nette avec les habitudes de la maison. En tant que professionnel, n’essayons pas d’atténuer cette rupture. Au contraire, exagérons toutes les particularités de l’école. Sacralisons le passage en salle de classe sur la pointe des pieds. Théâtralisons notre élocution en chuchotant. Formalisons la communication par des messages clairs en posant la main sur l’épaule. Et les temps de regroupement sont des rituels bien spécifiques à l’école lors desquels les élèves apprennent à écouter, demander la parole, et parler sur un thème imposé. L’enfant à l’école se fond dans la classe, alors qu’à la maison il a pris l’habitude d’être comme un petit roi !

La question est : comment aider un enfant à se décentrer ? Se détacher de son vécu familial pour intégrer le groupe classe. Surmonter ses émotions premières, ses frustrations, pour se projeter dans une expérience plus collective, partager, échanger. Ce qu’on leur demande est énorme, ne sous estimons pas le travail demandé à un jeune enfant de maternelle. On comprend mieux pourquoi ils craquent complètement de retour à la maison, avec de grosses colères parfois, de la fatigue. L’attention et le contrôle émotionnel qui leur est demandé lors d’une journée de classe est énorme. D’autant que certains commencent et continuent leur journée en collectivité en garderie, ce qui leur fait parfois des journées de presque douze heures.

Le monde de l’école est un monde volontairement hermétique, car les règles qui s’y jouent sont bien différentes de celles du monde extérieur. Les rituels de passage de la maison à l’école marquent pour l’enfant l’entrée dans un monde magique, nouveau, peuplé de nombreux autres enfants de son âge. Un monde sans papa et maman, dirigé par des adultes aux attentes bien particulières. Moins de câlins, un langage ciblé, centré sur des apprentissages, un emploi du temps plus contraint.

Pour réussir ce passage au monde scolaire, la confiance et la communication entre les enseignants et les parents est essentielle. La bienveillance ne doit pas être uniquement envers les élèves, mais entre tous les adultes référents de l’enfant qui ont chacun des enjeux divers mais tout aussi légitimes. Tout ce qui nous rapproche est bienvenu : le cahier de vie, l’ouverture de la classe aux parents, les rendez-vous, les échanges informels au portail et dans la vie du village.


#91

Bonjour à tous. J’ai retrouvé un texte plus polémique que j’avais écrit au tout début. Je vous mets ci-dessous le début en clin d’œil. Vous jugerez, ce n’était pas le même ton. Et ça part dans tous les sens ; la suite est en annexe.

Depuis, je me suis recentré sur un propos plus posé et pédagogique. Une centaine de pages sont rédigées, il en reste autant à finir. Merci aux contributeurs qui m’apportent leurs idées et témoignages. Contactez moi en Message Privé pour l’accès.

Je continuerai à poster des extraits de temps en temps sur ce forum. Il est bien pratique d’usage. Merci aux quelques personnes qui continuent à essayer d’en nourrir le contenu.
A bientôt.

AVANT-PROPOS
Osons l’impossible

La génération que voici vivra dans un monde foncièrement différent, auquel nous ne sommes pas préparés. Eux y feront face. A défaut d’avoir su leur préserver les ressources et la diversité naturelle auxquels ils auraient pu avoir droit, offrons leur le meilleur que l’on puisse leur transmettre dans leur jeune âge : notre amour et notre confiance, la liberté d’esprit et l’inventivité, la coopération bienveillante.

Faisons table rase de nos contraintes matérielles, de nos représentations. Imaginons un instant que tout soit possible. La réalité reviendra, mais après. Qu’elle ne soit plus un préalable, mais des données ultérieures à prendre en compte, à questionner, à contourner si besoin. Osons poser toutes les questions.

Partons simplement des observations des élèves, et des objectifs tels que décrits dans les programmes de l’école maternelle 2015, qui encourage explicitement la bienveillance et le langage. Allons au fond des choses, sans tabou. Soyons créatifs. Et inventons l’idéal pour nos enfants.

Un mot sur la démarche de l’enseignant. Le point de départ est l’observation de l’élève, ses représentations, ses connaissances initiales, qui ne sont jamais vierges. Le point important est l’objectif à atteindre, les compétences visées du programme scolaire, toujours en tête de l’enseignant. La démarche consiste à user de tout moyen pour accompagner l’élève vers le but visé, pas à pas, tranquillement. Les progrès sont rarement linéaires, mais passent souvent par des chemins détournés.
L’enseignement se conçoit en “spirales”, en consolidant plusieurs fois à la base, pour approcher l’objectif par divers horizons. Tout est possible, place à l’imagination. Et ce bien sûr avec tous les élèves, chacun à son rythme !

Je donnerai de nombreux exemples concrets appliqués à la classe dans les chapitres qui vont suivre. Mais ce livre, comme indiqué dans le sous titre, a une portée plus générale qu’un simple ouvrage de pédagogie. La pédagogie est un prétexte à des réflexions plus générales sur la société à venir. La nouvelle génération d’élève appelle une (re)génération de l’école et de la société. Car rien n’est neutre. Tout est question d’objectif et de méthode. A sa création, fin XIXème, la toute jeune république française a fixé à l’école l’objectif de former la jeune nation : une langue unique au détriment des langues régionales, une nation laïque émancipée du carcan de la religion, mais aussi de bons patriotes qui feront de bons petits soldats lors de la première guerre mondiale.

Gardons le cap

Revenons à la démarche : l’observation lucide de la situation, la clarté des principes vers lesquels tendre, l’inventivité sans tabou des moyens pour y parvenir. Et la ténacité. Si on osait appliquer cette démarche à d’autres situations de la vie, on passerait parfois par des chemins étonnants, qui ouvrirait l’horizon à d’autres possibles.

Dans sa vie personnelle, que l’on se fixe comme idéal le bonheur, le bien-être de ses enfants, ou la générosité envers les autres, faire la liste de tout ce qui nous pourrit la vie et des moyens de les détourner peut nous amener à modifier radicalement des habitudes familiales néfastes reproduites sans en être pleinement conscient. Et se sentir bien mieux après.

A l’échelle de la planète, imaginons un objectif clair, comme la sauvegarde de la biodiversité et des conditions climatiques propices à la vie humaine sur Terre. Poussons la réflexion jusqu’à son terme pour atteindre ces objectifs. Et les conclusions politiques seront drastiques ! Loin des compromis mous des COP à répétition, d’ailleurs même pas respectés par les pays signataires. La France est l’un des plus mauvais élèves malgré les beaux discours.« Make planet great again ». Foutaise.

Des utopies de quelques ancêtres, certainement farfelus à leur époque, sont devenus les réalités d’aujourd’hui. Pensez à un certain Jésus Christ qui a imaginé abolir l’esclavage sous l’antiquité. Alors que toute la société antique reposait sur leur force gratuite de travail, et l’abolition de l’esclavage n’a été promulgué qu’au XIXème siècle. Que de chemins et de détours pour en arriver aujourd’hui ! Sommes nous d’ailleurs vraiment parvenu à une société de juste répartition du travail, du pouvoir, des richesses ?

On peut trouver plein d’autres exemples. Qui à son époque prenait Pasteur au sérieux quand il imaginait vaincre les grande épidémies par un simple vaccin ? Einstein a-t-il été tout de suite reconnu quand il a imaginé se théorie révolutionnaire de la relativité ? Les grands artistes que l’on connaît tous aujourd’hui ont-ils tous été adulés de leur vivant ?

Toutes ces grands figures de l’humanité ont en commun qu’elles ont osé imaginer des voix détournée pour atteindre leur but, quitte à défier l’impossible. L’impossible à leur époque. Qu’en est-il aujourd’hui ? La pensée ultralibérale, hégémonique depuis quelques décennies à peine, nous fait accepter des aberrations comme des évidences, nous fait renoncer de notre plein gré à des espoirs que l’on n’ose même plus envisager ? On nous a construit des barrières mentales télévisuelles qui nous ont rendu con.

Comment l’Histoire jugera notre aveuglement, notre inertie face aux grands défis de ce siècle ? Les responsables, les grandes fortunes à la tête du système, pas si nombreux d’ailleurs, seront nommés et jugés, mais quand ? La plupart des criminels nazis n’ont pas été jugés de leur vivant. Bernard Arnaud, Françoise Bettencourt, François Pinault, la famille Dassault… et moins de vingt autres milliardaires français. Avec leur fortune indécente. Qu’ils en profitent donc ! Qu’ils continuent à placer leurs pantins dans les médias et à la tête de l’état. Nous ne serons plus dupes.

Les utopies d’aujourd’hui deviendront peut-être les réalités de demain, espérons pour le meilleurs. Osons l’impossible, changeons de perspective, imaginons nous aussi d’autres voix…


#92

La rédaction continue, mais avec un rythme vacances. Je vous fais part à nouveau de quelques extraits.

Procédure et séquences d’actions
L’apprentissage d’algorithmes est transversal dans les programmes, dès la maternelle. Et ce n’est pas seulement savoir enfiler des colliers de perles, ce à quoi c’est trop souvent réduit. Il s’agit de répéter et automatiser des séquences d’actions. Savoir se projeter dans un apprentissage organisé en plusieurs étapes successives. Faire les choses les unes après les autres, dans l’ordre. Voici un tableau synthétisant toutes les occurrences dans les programmes de maternelle de cette habilité à procéder par séquence d’actions.
Les procédures dans les programmes de l’école maternelle

Langage écrit

  • Écrire seul un mot en utilisant des lettres ou groupes de lettres empruntés aux mots connus.

Activités physiques

  • Ajuster et enchaîner ses actions et ses déplacements en fonction d’obstacles à franchir ou de la trajectoire d’objets sur lesquels agir.
  • Construire et conserver une séquence d’actions et de déplacements, en relation avec d’autres partenaires, avec ou sans support musical.

Activités artistiques

  • Repérer et reproduire, corporellement ou avec des instruments, des formules rythmiques simples.
    Formes. Grandeurs. Suites organisées.
  • Identifier le principe d’organisation d’un algorithme et poursuivre son application.

Temps. Espace.

  • Ordonner une suite de photographies ou d’images, pour rendre compte d’une situation vécue ou d’un récit fictif entendu, en marquant de manière exacte succession et simultanéité.
  • Utiliser des marqueurs temporels adaptés (puis, pendant, avant, après…) dans des récits, descriptions ou explications.
  • Situer des objets par rapport à soi, entre eux, par rapport à des objets repères.
  • Se situer par rapport à d’autres, par rapport à des objets repères.
  • Dans un environnement bien connu, réaliser un trajet, un parcours à partir de sa représentation (dessin ou codage).
  • Élaborer des premiers essais de représentation plane, communicables (construction d’un code commun).
  • Réaliser des constructions ; construire des maquettes simples en fonction de plans ou d’instructions de montage.

Ces compétences sont centrales dans les programmes. On demande à l’élève de se conformer à des procédures, ordonner ses actions dans l’espace et dans le temps. Cette organisation respecte des contraintes arbitraires. Il est admis que l’on écrit les mots de gauche à droite, ce qui n’est pas évident pour les petits. Des écrits qui ne seraient pas destinés à être communiqués pourraient d’ailleurs très bien être écrits à l’envers, comme c’était le cas des notes rédigées en son temps par Léonard de Vinci. Il s’agit d’une norme sociétale. De même que l’écriture des nombres, qui sont hérités d’ailleurs à cette époque de la culture arabe florissante, dont la langue s’écrit de droite à gauche. On commence par y écrire le chiffre des unités, comme les écoliers qui posent une opération.
Pour des petits de maternelle qui n’ont pas encore bien fixé leur gauche de leur droite, les confusions sont multiples. Le repérage dans leur espace proche n’est pas encore bien assuré, ni d’ailleurs leur organisation dans un temps proche. Il ne savent pas toujours bien enchaîner deux actions simples. Il s’agit de les accompagner au quotidien dans ces apprentissages fondamentaux pour la suite. Leur apprendre à réaliser tranquillement leurs tâches l’une après l’autre, sans se précipiter. Leur motivation est énorme, ils sont avides d’autonomie.
Pour cela, toute l’organisation de la classe est à revoir. Il faut éliminer tout facteur qui inciterait les élèves à se dépêcher. Finir le premier ne doit absolument plus être un enjeu, les enfants doivent être libéré du poids de la concurrence, de la course incessante. Ils doivent avoir le temps. Le travail bien réalisé et achevé sera valorisé, au détriment des tâches bâclées. Les enfants doivent donc avoir la garantie que leur place leur sera garantie quel que soit le temps qu’ils consacrent à une première activité. La règle de la classe leur permet de garder une activité le temps nécessaire, jusqu’à passer à autre chose.
Une organisation précise peut être exigée pour toute activité. En plus de favoriser le travail des compétences attendues en respectant scrupuleusement les consignes données, l’élève apprend à mémoriser et reproduire des séquences d’actions précises. Il s’agit entre autres des présentations de matériel en Montessori, qui sont rigoureuses. Ne rien précipiter, formaliser chaque geste. Une grande partie du matériel de cette première période est basée sur l’apprentissage de gestes répétés en manipulant des éléments du plus petit au plus grand. Il s’agit d’empilements, d’emboîtements, de puzzles, de tris. Le rangement est autocorrectif, le matériel n’a d’intérêt d’ailleurs que dans un rangement précis qui fait appel à l’acquisition d’une certaine organisation par les élèves.
Cette rigueur s’applique également à toutes les autres tâches du quotidien dans une classe, comme découper, coller, colorier, tenir son crayon. Mais aussi se déplacer, ranger une chaise ou un livre, prendre la parole. Je passe généralement la première période à installer ces rituels de classe.

Identifier et suivre une procédure sont les premiers pas vers la résolution d’une tâche complexe. Les élèves apprennent à se projeter dans une série précise et ordonnée d’actions, sans céder à l’immédiateté qui est source de précipitation et d’erreur. Il faut au contraire leur apprendre à ralentir pour gagner en précision et en expertise dans un travail donné. Une meilleure organisation et régularité permet d’ailleurs la coordination et la réalisation d’une tâche à plusieurs. Les élèves seront tout au long de leur scolarité confrontés à des tâches de plus en plus complexes, avec un nombre d’étapes croissant, des paramètres plus variés, et des résolutions à plusieurs. Ces tâches complexes sont à travailler dès la maternelle, à commencer par les travaux du quotidien, lors du rangement par exemple.


#93

Bonjour à tous. Bonne rentrée.
Tout en douceur, en souplesse, mais avec un cap bien défini.

Je reprends la rédaction de l’ouvrage “Permaculture scolaire” après une pause estivale.
Les contributions et témoignages sont toujours les bienvenus. Lien.
A bientôt.


#94

Bonjour Florian
Je suis en formation en design de permaculture agricole. Un des formateurs est assez calé en pédagogie, je lui ai donc parlé de ton fil de discussion dans ce forum. Il s’appelle Samuel Bonvoisin, sa femme est une ancienne éducatrice Montessori , le centre de formation à la permaculture s’appelle l’université des alvéoles, il est basé dans le Drôme. J’espère que vous trouverez du temps pour échanger car vous avez sûrement beaucoup de retours d’expériences à partager.
Merci pour le partage de ton travail et ta vie de classe.


#95

Le travail de fond entrepris depuis quelques années sur ce forum avance. Les sujets que je développe se déclinent maintenant dans quatre ouvrages en cours de rédaction.

  1. Le premier est une réflexion générale sur la gestion de classe en permaculture humaine.
  2. Le deuxième, presque achevé, propose une approche précise de l’enseignement en maths et lecture. Lien vers les programmes en maternelle.
  3. Le troisième regroupera des projets de classe : sorties en forêt, langue des signes, cuisine …
  4. Le quatrième, en cours, est un essai plus politique sur l’école publique.

Les liens donnent accès aux documents que vous pouvez enrichir par vos témoignages et commentaires. Bonne lecture à tous.


#96

Je suis en train de lire certains de tes écrits qui sont très intéressants. Merci pour toutes ces réflexions qui nourrissent les miennes !